Pourtant l'autre dimanche, à la cérémonie d'ouverture des VIes Jeux de la francophonie, j'avais un pincement au cœur. Ma fille à mes côtés s'était raidie, ses yeux se sont mouillés. Ce n'était pas de l'émotion cette fois, mais de la colère et de la frustration. Elle était tout en haut des gradins pendant que ses amis (ceux avec qui elle s'était entraînée des jours et des nuits, ceux avec qui elle a contribué à faire sélectionner sa troupe de danse pour représenter le Liban à ces Jeux) défilaient sur le terrain !
Et pour cause : elle ne peut représenter le pays (Liban). Elle n'est pas de ce pays. Seule sa mère (quantité infiniment négligeable l'est, Libanaise).
Le pays qu'elle aime, qu'elle considère sien, qu'elle a toujours défendu et dont elle a embrassé la cause, partagé les joies et les peines, le pays dont elle est fière, où elle vit et étudie, le pays de sa mère, de ses grands-parents, oncles, tantes, cousins, cousines, amis... n'en a pas voulu.
Elle était la femme qui se jette toute confiante dans les bras de son amant, à qui elle se donne corps et âme, et qui la repousse en disant : Non.
NB : comble de frustration. Le surlendemain, je lis dans le journal que Chantal Anderson de l'équipe de basket-ball féminin a été nouvellement naturalisée. Je n'ai malheureusement pas le bras assez long.

