Le chef du parti Kataëb Amine Gemayel insiste sur les fondements du 14 Mars lorsqu'il s'agit de répondre à la question de savoir si la crise gouvernementale n'a que trop duré. Il tient à rappeler toutefois que la bataille qui se poursuit depuis 2005 n'est pas vaine, car il y a « bon nombre d'objectifs qui ont été atteints, comme le retrait de l'armée syrienne, le tribunal international pour lequel nous avons obtenu l'engagement de la communauté internationale, mais aussi la libération du camp de réfugiés de Nahr el-Bared ». Cette dernière réalisation est pour lui majeure, et « si l'on avait pu faire de même entre 1973 et 1975, la guerre de 1975 aurait pu être évitée ». Il y a enfin, soutient Amine Gemayel, « cette prise de conscience nationale par rapport aux principes du rassemblement de Kornet Chehwan qui dans un premier temps étaient perçus comme sectaires et isolés, et qui sont maintenant des slogans tout simplement réalistes. C'est énorme ». Mais sur la réalité du 14 Mars aujourd'hui, sur la déclaration début août du chef du Parti socialiste progressiste (PSP) Walid Joumblatt qui a jeté un pavé dans la mare de l'alliance de la coalition, sur les critiques à peine voilées du parti Kataëb à l'encontre du secrétariat général du 14 Mars, sur tout cela, M. Gemayel revient en mettant tout d'abord en relief que le 14 Mars est « un mouvement qui a tenu le rythme pendant des années et qui a payé un prix exorbitant ». Aujourd'hui, il y a « incontestablement une fatigue » et il convient de « remettre les pendules à l'heure, car il ne faut pas perdre de vue que le 14 Mars est un moule rigide dans lequel se sont versés des partis politiques autonomes ». « Les propos de M. Joumblatt sont en effet un pavé dans la mare dont on se serait bien passé. Mais ce qu'il faut dire aussi, c'est qu'il est nécessaire que le secrétariat général du 14 Mars devienne un instrument totalement représentatif du leadership qui le compose », d'où un besoin pressant de restructuration. « Il faut redéfinir le 14 Mars » car au sein de ce rassemblement, « on a concilié les inconciliables. Il y a un côté très empirique, très spontané et empirique, soudé par les larmes, le sang et les sacrifices », mais chaque parti « est resté lui-même, avec des objectifs qui ne recoupent pas tous ceux du 14 Mars ». C'est pour cela qu'il est à présent nécessaire de « déterminer quel est le tronc commun de cette alliance », mais cela ne peut pas se faire dans le contexte actuel, avant d'avoir normalisé la situation gouvernementale et pacifié le terrain, explique le chef des Kataëb.
« Crétinerie pure »
À propos de l'actuelle crise ministérielle, Amine Gemayel invoque le « contexte psychologique général » qu'il qualifie d' « hostile », « la menace des armes par le biais desquelles on cherche à consolider les acquis du 7 mai », ainsi que « les impératifs de l'équilibre communautaire ». Il note que « le parti Kataëb est présent sur l'ensemble du territoire libanais et qu'il devrait par conséquent être représenté au sein du gouvernement », avant de rappeler le bilan très positif des deux ministres Kataëb, son fils assassiné Pierre Gemayel et l'actuel ministre sortant Élie Marouni, qui se sont chargés tour à tour et respectivement de l'Industrie et du Tourisme. Il s'insurge d'autre part contre la mise en place d'un gouvernement de technocrates en critiquant les tentatives de certains de « maintenir les partisans en marge des responsabilités gouvernementales », qualifiant cette idée de « grosse hérésie, voire de crétinerie pure ».
Pour Amine Gemayel, le pays ne pourra pas fonctionner en dehors de quatre éléments essentiels qui, adoptés sous la forme d'un plan national, pourront sortir le Liban de la crise endémique dont il est atteint. « D'abord une véritable décentralisation par l'octroi de vrais pouvoirs, et non pas un simple leurre. Ensuite, décider la neutralité de l'État libanais, exception faite bien sûr du conflit israélo-arabe, mais avec un retour à l'armistice. L'adoption, d'autre part, de la laïcité politique par le biais de la mise en place d'un Sénat et d'une loi électorale adaptée. Enfin, la transformation du Liban en un espace géographique de dialogue entériné par l'ONU, comme l'a d'ailleurs souligné le président de la République à maintes reprises dans ses discours. »
Urgence sur le plan chrétien
Interrogé sur le point de savoir s'il n'était pas temps pour les divers partis politiques chrétiens de s'unir, M. Gemayel ne peut s'empêcher d'exprimer « l'angoisse » qu'il ressent lorsqu'il est question du rôle politique de la communauté chrétienne. « Je suis angoissé par la fracture qui sévit en son sein et par sa marginalisation » de la vie politique, « même si des efforts très timides ont été amorcés, mais cela reste insuffisant ». Peut-on parler de dissension même au sein des pôles chrétiens du 14 Mars ? « Le 14 Mars est une confédération de partis politiques. Les luttes entre les Kataëb et les Forces libanaises sont légendaires, mais il y a l'intérêt national supérieur qui nous aide à nous entendre. Il reste que les susceptibilités sont là et la compétition qui en découle est légitime. »
Quid de la polémique autour du texte de Taëf et la possibilité d'un Doha II ? « Nous avons été les premiers, il y a un an, à évoquer la nécessité de revoir le système, de le faire évoluer. Il y a un an, nous avons été décriés, aujourd'hui tout le monde est convaincu de cela, même si ce n'est évidemment pas le moment de le faire », explique-t-il. Et, concernant le leitmotiv concernant l'implantation des réfugiés palestiniens au Liban, M. Gemayel ne peut s'empêcher de se montrer très critique, car pour lui, « en dehors des déclarations creuses, il n'y a aucun effort de mettre en place un dossier technique » qui pourrait convaincre et aider la communauté internationale à agir contre l'implantation de ces réfugiés.

