Les propos du leader libyen m'impressionneront toujours. Certains auront beau le traiter de tous les noms, il a une tchatche extraordinaire, notamment pour faire des déclarations ahurissantes qui, si elles étaient prises au sérieux, pourraient changer la face du monde.
La dernière déclaration en date donc fut tenue à l'occasion de cette fameuse séance, quand il a affirmé, si j'ai bien compris le compte-rendu, que les délégués à l'ONU devraient être ceux des organisations régionales, ou encore les organisations en général. Donc il préconiserait par exemple que la Croix-Rouge (qui a acquis le statut d'observateur après de longues tractations) ou Human Rights Watch pourraient avoir un siège à l'ONU, ou encore l'Asean (Association de libre-échange du Sud-Est asiatique) ou le Mercosur (l'association de libre-échange sud-américaine), ou encore la Ligue arabe ou l'Union africaine.
Et c'est là que la proposition de Kadhafi prend tout son relief. L'Union africaine est probablement une des plus grandes unions de pays reconnue et donc une force capable de peser dans le cadre décisionnel mondial dans une organisation telle que l'ONU, car non seulement elle est la voix de tous les pays africains, mais également un espace commercial et politique pour l'ensemble du continent. De plus, elle est si bien organisée que l'on pourrait presque la comparer à l'Union européenne, laquelle, d'un point de vue économique, lui est largement supérieure. Or, l'actuelle présidence de l'Union africaine revient, comme par hasard, dans le cadre rotatif institué par les États, à la Libye. Autrement dit, Kadhafi fait son beurre et sa propre propagande, ce qui veut dire qu'il parlerait non seulement au nom de son pays mais au nom d'un continent, et c'est là que réside le danger de la chose. De plus, le calcul du président libyen est loin d'être futile car, en Afrique, la Libye a son poid, et c'est probablement l'un des États les plus influents de la région. Même si la présidence ne lui revenait pas, son avis serait pris en considération, vu le poids économique et commercial que représente le pays.
Pour le moment, ce genre d'organisation n'a que le statut d'observateur sans droit de vote. Mais si la donne change, ce dont on doute, les pouvoirs de l'Afrique n'en seront que plus grands alors que ce continent est encore sous la férule des nations développées, du moins du point de vue économique et militaire (la visite l'an passé de Kadhafi en France en est le plus clair exemple). En outre, les divergences et querelles sur les aspects commerciaux des liens sont de plus en plus nettes au sein de l'Organisme de règlements des différends, organe quasi juridictionnel de l'OMC (Organisation mondiale du commerce).
L'idée de Kadhafi paraît judicieuse, mais est encore loin de l'application. L'ONU devrait, certes, subir une refonte de son système. Kofi Annan l'avait déjà dit en 2000 et tout le monde continue à le répéter après lui, mais pas au bénéfice de certains États ou de certaines entités, aussi puissantes qu'elles puissent être. La refonte du système onusien dépasse le simple cadre de la volonté de leaders nationaux et de certains idéaux. La paix dans le monde ne se base pas sur des entités politiques ou commerciales ou humanitaires, mais sur un tout indissociable, autour duquel doivent converger les intérêts des uns et des autres. On est loin de l'utopie chère à Thomas Moore et encore plus de celle du professeur Pangloss de Candide pour qui tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Il faut une réorganisation globale pour un monde sain et fiable au possible.
Kadhafi préconisait une refonte du système, mais loin de toute considération purement altruiste. Mais l'ONU n'est pas un seul homme. L'ONU, c'est six milliards d'êtres humains qui doivent œuvrer pour le bien de la communauté et pour la sauvegarde de l'humanité. L'ONU est une organisation humaine pour nous tous, individus ou groupes, liés économiquement ou en autarcie. C'est nous les garants de la paix sur terre, et pas le seul Ban Ki-moon et pas le seul Obama, la seule Union européenne ou encore l'Union africaine.
L'ONU œuvre pour un monde meilleur. Son système est à revoir ; mais avant tout, ce sont les mentalités, les nôtres et celles de nos dirigeants à tous les niveaux, qui sont à réinitialiser.
C'est là sans doute un vœu pieux, mais tant qu'on peut y croire, tant qu'on le veut, on le pourra toujours.


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