Ces derniers considèrent qu'il ne s'agit pas seulement d'une ingérence flagrante dans les affaires libanaises de la part du régime syrien, mais aussi d'une agression contre le Liban et un coup porté à l'État libanais.
Ce commentaire, estime-t-on dans ces milieux, suffit à démentir toutes les allégations selon lesquelles la Syrie ne joue pas un rôle négatif sur la scène libanaise.
Techrine a publié son commentaire au moment où la diplomatie syrienne se mobilise en direction de Washington, de Paris et de Riyad pour faire fructifier sa carte libanaise. Cette mobilisation est survenue à la suite de la participation du président syrien Bachar el-Assad à l'inauguration de l'Université des sciences de la technologie du roi Abdallah, à Djeddah, et sa rencontre avec le souverain saoudien.
M. Assad a exploité politiquement cette rencontre, censée à la base être purement protocolaire, pour créer l'impression d'un rapprochement syro-saoudien, dont ses alliés au Liban se sont faits l'écho, et dont le pendant naturel serait une visite du roi à Damas.
Aussitôt après, on a vu le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Fayçal Mekdad, se rendre à Washington et être reçu, pour la première fois depuis trois ans, par l'administration américaine, avant que son patron, Walid Moallem, ne fasse escale à Paris sur son chemin de retour de New York, où il avait participé aux travaux de l'Assemblée générale des Nations unies.
Pour un député du 14 Mars, il est donc clair que la Syrie tente toujours de profiter de la carte libanaise, en comptant sur ses alliés au Liban, pour récolter des gains au niveau de ses relations avec les autres États arabes ainsi qu'avec l'Occident. Et, pour cela, Damas n'entend nullement se départir de cette carte.
En conséquence, souligne-t-on dans les milieux de la majorité, le processus de formation du gouvernement libanais dépend largement du mot d'ordre syrien et iranien.
Or il se trouve que les États-Unis, la France, et les autres acteurs internationaux et arabes attachés à l'indépendance du Liban ne demandent pas à la Syrie de contribuer à régler le problème dans ce pays, ni même d'aider à former le gouvernement, mais simplement de faciliter cette formation. Ces États craignent en effet de pousser Damas à considérer qu'un appel à l'aide est une invitation à s'ingérer dans les affaires libanaises. D'ailleurs, les États-Unis ont clairement fait savoir à la Syrie qu'aucune normalisation ne sera possible avec elle en l'absence d'un gouvernement libanais.
La Syrie sait pertinemment qu'obtenir une nouvelle « adjudication » au Liban est chose impossible pour elle, et que tout retour militaire et même politique dans ce pays lui est interdit. C'est pourquoi elle tente, par le biais de ses alliés libanais et avec la participation de l'Iran, de continuer à se saisir de la carte libanaise, tout en affirmant à qui intervient auprès d'elle qu'elle est incapable de faire pression sur ses alliés.
Face à la posture syrienne, les observateurs notent que l'initiative du vice-président américain, Joseph Biden, d'appeler lundi soir au téléphone le président de la République, Michel Sleiman, et le Premier ministre désigné, Saad Hariri, pour leur réaffirmer la constance de la politique américaine à l'égard du Liban et le rejet de toute solution qui se ferait aux dépens de ce pays, illustre franchement la position ferme tenue actuellement par les États-Unis face à Damas.
Pour en revenir au commentaire de Techrine, un responsable du 14 Mars estime qu'à travers cet article, la Syrie tente de suggérer que c'est le Liban qui n'est pas viable en tant qu'État, que son système est pourri et que les Libanais sont incapables de gérer leurs propres affaires. Autrement dit, qu'ils auraient besoin d'une tutelle.
Pour ce responsable, l'article de Techrine n'est donc qu'une « demande d'emploi » au Liban que la Syrie soumet à l'Occident.


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