Sans craindre le ridicule, le premier cabinet de l'ère Sleiman, dirigé par Fouad Siniora, s'était attribué le nom pompeux de « gouvernement de la volonté nationale unificatrice ». Il est vite apparu qu'il aurait fallu le baptiser « gouvernement du conflit diviseur ». Et paralysant. Au point de ne même pas respecter les engagements pris dans sa déclaration ministérielle, dont la plupart des points sont restés lettre morte. Le seul accord appliqué, après Doha, était relatif aux quotas ministériels et à la répartition des portefeuilles. L'arrangement global se définissait lui-même comme exceptionnel pour sortir d'une crise grave issue du 7 mai. Transitoire, il devait permettre une évolution rapide vers le retour à la normale politique, institutionnelle, systémique et constitutionnelle. Pour traiter les problèmes par le dialogue. Mais il n'en a rien été. Et voici que le bricolage effectué pour une seule fois est en passe d'être réédité.
Ce qui signifie que l'on tourne résolument le dos au régime démocratique parlementaire, fondement de l'existence même du Liban, au profit d'un flottement, lui aussi transitoire, devant mener sinon à l'inconnu, du moins à une sorte de partition camouflée, de confédération confessionnelle. À moins que le totalitarisme ou la théocratie à l'iranienne, avec République islamique à la clé, ne finissent par prendre le dessus.
Doha a recommandé la neutralisation du facteur des armes et de la violence, l'engagement à ne pas recourir à la rue, à ne pas l'embraser. Ainsi que l'instauration d'un partenariat sincère, fondé sur le principe d'une saine coexistence. Pour assurer la paix civile, à l'ombre d'un État de droit fort, seul détenteur des armes, maître du territoire dans son intégralité.
Pour ce qui est des armes, l'on ne peut s'empêcher de citer Nimzowitch, le célèbre pédagogue échiquéen qui soulignait que « la menace, devant le plateau, est plus forte que l'exécution ». Bien que moins utilisées depuis le 7 mai, les armes parlent encore, de temps à autre, et par-ci, par-là. Mais, surtout, par leur seule présence milicienne, elles permettent toutes les pressions, tous les chantages, politiques ou autres. Elles restent, aux yeux de nombre d'observateurs, le principal motif expliquant pourquoi la démocratie véritable va être de nouveau trahie. À travers un cabinet dit d'union qui gomme le rôle de la Chambre et paralyse l'État. Sans compter, répétons-le, la résiliation mal masquée du contrat fondamental de Taëf et de la Constitution qui en découle.
Ce qui reste assez difficile à gober, c'est le règne de la langue de bois qui profère tant de contre-vérités. En effet, le gouvernement dit d'union nationale, le précédent, le présent et sûrement le futur, assure noir sur blanc, dans sa déclaration ministérielle, son attachement indéfectible à l'unicité et à l'autorité exclusive de l'État. Pour, dit-il, garantir la sauvegarde du Liban et en conforter la souveraineté. En réalité et en pratique, rien n'est fait dans ce sens. C'est-à-dire que rien n'est fait pour abroger les États dans l'État, aussi bien les périmètres de sécurité que la présence pesante de l'ex-tuteur. Aussi bien en politique, par le biais de ses alliés, que sur le terrain, par organisations palestiniennes placées sous sa coupe directe et militairement basées à la frontière est.

