Au niveau de la rue, le tableau est un peu plus confus. Dans la nation des droits de l'homme, certains sont un peu plus libres et égaux que d'autres. Quant à la fraternité...
Dans un témoignage publié par Le Monde, le journal pour lequel il travaille en tant que journaliste, Mustapha Kessous explique son quotidien dans la patrie où fut proclamée, il y a 220 ans, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
Quand on s'appelle Mustapha, qu'on a la peau mate et que de surcroît on est musulman, on s'entend dire par les aficionados de la petite reine agglutinés le long des routes lors du tour de France : « Je te parle pas, à toi. »
Quand on s'appelle Mustapha, on doit trop souvent montrer sa carte de presse pour convaincre son interlocuteur que oui, on est journaliste au Monde. Ce qui n'empêche pas certains citoyens « bien attentionnés » de se fendre d'un coup de fil zélé au Monde afin d'avertir le vénérable quotidien qu'« un Mustapha se fait passer pour un journaliste chez eux ».
Quand on s'appelle Mustapha en France, et que l'on va couvrir un procès pour son journal, il est fréquent que l'huissier vous demande : « Vous êtes le prévenu ? »
Quand on s'appelle Mustapha en France, il est préférable d'être accompagné par une grande et belle blonde pour espérer pouvoir louer un appartement.
Quand on s'appelle Mustapha en France, on ne sort jamais sans ses papiers, car on est régulièrement contrôlé par la police, « fouillé jusque dans les chaussettes » en plein centre-ville, « ceinturé lors d'une vente aux enchères », « menotté à une manifestation ».
Quand on s'appelle Mustapha et que l'on gare son scooter devant Le Monde, les policiers débarquent « mains sur leurs armes ».
« On dit de moi que je suis d'origine étrangère, un beur, une racaille, un islamiste, un délinquant, un sauvageon, un « beurgeois », un enfant issu de l'immigration... Mais jamais un Français, Français tout court », conclut Mustapha.
Il règne, dans la France d'aujourd'hui, un racisme tellement ordinaire en somme, qu'il est devenu nécessaire de rappeler qu'il s'agit bel et bien là de racisme.
Situation pour le moins ironique, quand l'on se souvient que Nicolas Sarkozy est également « un enfant issu de l'immigration », un homme « d'origine étrangère ». Son père, né en Hongrie, est peut être même arrivé en France après le père ou le grand-père de Mustapha.
En introduction de son témoignage, Mustapha relève qu'en avril 2008, Brice Hortefeux, à l'époque ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, lui avait lancé cette « boutade », en le recevant : « Vous avez vos papiers ? » L'on se demande si le ministre, au cœur d'une nouvelle polémique après des propos à caractère raciste, pratique le même sens de l'humour avec son président...

