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Nos lecteurs ont la parole

Gouverner, c’est faire des choix

Par Amine ISSA
Pour gouverner, il faut faire des choix économiques, sociaux et politiques et être libre de les assumer dans le respect des lois. Or, sur les deux premiers points, les composantes de la majorité et de l'opposition dans leur camp respectif ne sont pas tout le temps du même avis. Sur les privatisations par exemple, le PSP qui assure qu'il restera l'allié du Courant du futur et que ses ministres feront partie de ceux de la majorité, les deux formations sont en désaccord. Il en est de même du Hezbollah et le CPL (voir L'Orient-Le Jour du vendredi 25 septembre 2009).
De plus, il existe deux formes de contre-pouvoir pour contrôler le gouvernement sur sa politique. D'abord, le vote des citoyens qui peut renverser une majorité jugée défaillante et le gouvernement issu des urnes peut annuler des lois votées par son prédécesseur s'il le juge nécessaire (les nationalisations en France effectuées sous la gauche, décision qu'on se plairait à appeler au Liban « souveraine », ont été annulées par la droite). Mais plus encore et dans l'immédiateté, puisque l'opposition craint que le gouvernement prenne des décisions arbitraires, il existe le Conseil constitutionnel comme appel et la Constitution comme garde-fou. Enfin et d'un commun accord, les dirigeants libanais ont innové en instaurant « le dialogue national » sous l'arbitrage du président de la République, pour justement débattre des questions essentielles à l'identité de la République, pour que ces interrogations ne soient pas à la merci de l'urgence des décisions prises en Conseil des ministres.
Si ces trois recours ne suffisent pas, alors à quoi servent-ils ? Évitons dorénavant les élections coûteuses et les institutions constitutionnelles, désignons une assemblée de tribus et cessons de parler d'une république parlementaire. À cet excès, d'aucuns avanceront l'expérience d'autres pays qui ont connu des gouvernements rassemblant des partis opposés qui représentent la presque-totalité des députés du Parlement. Le modèle le plus cité est celui de l'Allemagne, qui a connu plus d'une large coalition de partis politiques adverses dans un même gouvernement. Si les deux pays sont des républiques parlementaires et fédérales (le Liban sans oser le dire n'est-il pas devenu une fédération de confession dans la pratique politique ?). La comparaison s'arrête là. Le système électoral en Allemagne est à la proportionnelle, ce qui empêche l'émergence d'une majorité claire, comme c'est le cas au Liban. La CDU/CSU de droite et le SPD de gauche ont obtenu respectivement 226 et 222 sièges aux législatives de 2005, et au gouvernement ils occupent le même nombre de sièges chacun, soit huit. Ce qui a surtout incité les deux partis à s'allier, c'est qu'en définitive leurs différends sont moindres que ceux qui les opposent à leurs alliés naturels.
Le SPD préfère gouverner avec la droite plutôt que de se laisser déborder sur sa gauche et être l'otage du PDS (plus à gauche, 54 sièges) et du B90 (les Verts, 51 sièges). Rien de tel au Liban où le système électoral est à la majorité simple, où il existe une majorité claire que tout oppose politiquement à la minorité. Enfin, en Allemagne, le pouvoir de l'Exécutif est effectivement entre les mains du chancelier, alors qu'au Liban c'est le gouvernement qui en est le détenteur. Malheureusement, le seul rapprochement probant est avec l'actuel gouvernement israélien.
Il regroupe la droite laïque, la gauche, les ultranationalistes et les ultraorthodoxes tant orientaux qu'occidentaux. Le résultat est une cacophonie généralisée où le Premier ministre consacre la moitié de ses déclarations à désavouer ses ministres (dont le vice-Premier ministre et membre du Likoud !), où des lois proposées par son parti sont contrées au Parlement par des membres de sa coalition (sur le mariage civil). Le vote du budget fut menacé par le boycott du Shass, pourtant membre du gouvernement. Sur la question des colonies, quand le Premier ministre propose leur gel, son ministre des Affaires stratégiques se précipite chez les colons pour leur apporter son soutien et les travaillistes menacent de quitter le gouvernement si les colonies illégales ne sont pas démantelées.
La liste est très longue et édifiante. Il est inutile d'en faire autant, la titularisation ou pas du gendre du général ne relève pas de la raison d'État ; ce n'est qu'un canular de mauvais goût. Comme je le disais plus haut, nos institutions dussent-elles être réformées, restent opérantes.
Que ceux qui ont voté le disent. Que ceux qui ont été élus se décident enfin à exister par eux-mêmes. Qu'ils participent ne serait-ce qu'une fois à l'histoire. D'autres avant eux l'ont fait alors que les frontières étaient aussi poreuses, les « frères » et « ennemis » de toutes langues et tous horizons aussi entreprenants. Il n'y aura pas de miracle.
Pour gouverner, il faut faire des choix économiques, sociaux et politiques et être libre de les assumer dans le respect des lois. Or, sur les deux premiers points, les composantes de la majorité et de l'opposition dans leur camp respectif ne sont pas tout le temps du même avis. Sur les privatisations par exemple, le PSP qui assure qu'il restera l'allié du Courant du futur et que ses ministres feront partie de ceux de la majorité, les deux formations sont en désaccord. Il en est de même du Hezbollah et le CPL (voir L'Orient-Le Jour du vendredi 25 septembre 2009). De plus, il existe deux formes de contre-pouvoir pour contrôler le gouvernement sur sa politique. D'abord, le vote des citoyens qui peut renverser une majorité jugée défaillante et le gouvernement...
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