Rechercher
Rechercher

Liban - Symbole

Le Palais de justice, une structure de tous les dangers

Le Palais de justice de Beyrouth s'effondrera-t-il sur ses occupants, résistera-t-il en cas de tremblement de terre ? Il est aujourd'hui légitime de se poser la question, vu que la terre tremble souvent au Liban, que les rumeurs faisant état de la vétusté de certains piliers porteurs de l'édifice et de la fragilité de sa structure en cas de tremblement de terre semblent bel et bien fondées. Des salles auraient même été ajoutées à la structure, malgré l'avis contraire des experts.
Les rumeurs ont été confirmées dans un rapport d'évaluation de la structure en trois bâtiments, publié en avril 2003 pour le compte du ministère des Travaux publics et des Transports par l'ingénieur Bilal Hamad, professeur de génie civil à l'AUB. Le danger qui pèse depuis de nombreuses années sur l'édifice et ses occupants n'émeut pourtant personne, et aucune mesure d'urgence n'a jamais été prise pour consolider le bâtiment et le réhabiliter conformément aux normes antisismiques. Il suffirait pourtant de trois millions de dollars, selon les estimations du coût des travaux. Mais ces fonds n'ont jamais été débloqués et la sécurité du millier de personnes qui fréquentent quotidiennement le Palais de justice ne semble pas être prioritaire. Une indifférence qui provoque un véritable coup de gueule du nouveau président du Conseil d'État, le juge Chucri Sader, qui a pris ses fonctions en janvier 2009.

Des fissures importantes
C'est en cherchant à construire une bibliothèque au roof du bâtiment (don d'un mécène) que le président Chucri Sader a réalisé l'ampleur de la menace qui guette le corps judiciaire et les visiteurs du palais. « J'ai eu vent de l'existence, au ministère des Travaux publics, d'un rapport évaluant l'état de la structure du bâtiment en 2003. Un rapport commandé à l'époque par le président du Conseil d'État, Ghaleb Ghanem, qui envisageait d'agrandir le dernier étage de l'édifice, vu l'espace disponible sur la large terrasse, explique-t-il. Après avoir consulté le rapport, le bureau d'ingénieurs qui a réalisé les plans de la bibliothèque (en structure métallique légère) a décidé de tout geler. Il a refusé d'entamer les moindres travaux et d'installer ne serait-ce qu'une vis car, selon le rapport, la structure ne peut supporter aucun poids supplémentaire avant la consolidation du bâtiment. » Chucri Sader ajoute que le Conseil d'État a également reçu une donation de l'Union européenne de 500 000 euros pour l'archivage électronique de l'ensemble des documents de l'organisme. « Mais vu l'état du bâtiment, rien ne peut être entrepris pour l'instant. » « Le rapport confirme, à ce propos, que certains piliers porteurs du Palais de justice sont en piteux état. Il met aussi l'accent sur l'absence de murs porteurs », souligne encore Chucri Sader.
Construit sur le lit du fleuve de Beyrouth, dans une zone marécageuse, le Palais de justice est composé de trois bâtiments séparés par des joints de dilatation de deux centimètres. « En cas de tremblement de terre, ces joints ne pourront empêcher les trois structures de s'entrechoquer, ce qui pourrait provoquer de sérieux dégâts, voire l'effondrement des bâtiments », note ainsi le professeur Bilal Hamad dans les conclusions de son rapport, mettant aussi l'accent sur « l'érosion d'un certain nombre de piliers du sous-sol » et « l'existence de fissures dans le bâtiment » résultant du tassement d'une partie du terrain. « Des fissures masquées par une moquette », constate le président du Conseil d'État.

L'indifférence des autorités
Parmi les conclusions et les recommandations du professeur Bilal Hamad figurent la consolidation de cinq piliers du sous-sol et le renforcement de la structure conformément aux normes antisismiques. De plus, l'ingénieur déconseille fortement l'ajout de la moindre construction au bâtiment avant la consolidation de la structure. « L'édifice supporte les poids actuels, mais ne pourrait pas supporter de poids supplémentaire », souligne l'ingénieur dans son rapport. Un an plus tard, en juin 2004, il réitère ses appels dans une lettre au ministère des Travaux publics et des Transports, mettant l'accent sur la gravité des fissures qu'il qualifie d'« importantes ». Mais depuis, rien ni personne n'a empêché la construction, il y a quelques années, d'un nouvel espace comportant plusieurs pièces à l'étage du Conseil d'État et la construction d'un autre, plus important, au quatrième étage du bâtiment, comme le confirme le juge Sader.
Les recommandations de l'ingénieur Hamad sont donc restées lettre morte. Certes, depuis le fameux rapport, des courriers ont circulé entre les différents ministères des Travaux publics et des Transports, de la Justice et des Finances, dont certains adressés à la présidence du Conseil, soulignant la gravité de la situation et insistant sur la nécessité de débloquer des fonds dans l'urgence. Des courriers qui portent notamment les signatures des ex-ministres des Travaux publics et des Transports, Nagib Mikati et Yassine Jaber, et des ex-ministres de la Justice, Bahige Tabbara et Adnane Addoum. Mais le scénario ressemble plutôt à une partie de ping-pong où chaque partie renvoie la balle à l'autre et tente de se laver les mains du problème. Sans résultat.
Gagné par l'inquiétude, le président Chucri Sader a adressé, en juillet dernier, un courrier au ministre actuel de la Justice, Ibrahim Najjar. Il en a également envoyé des copies au ministre des Travaux publics et des Transports et au Conseil des ministres. Courrier dont il attend toujours la réponse. « La négligence des autorités pourrait pourtant provoquer un millier de victimes, un jour de grande affluence », avertit le juge Sader. « Une négligence qui deviendrait alors un crime incommensurable », insiste-t-il. « Faut-il vraiment en arriver là ? » demande-t-il encore, pressant les autorités de débloquer d'urgence les fonds nécessaires pour consolider la structure du Palais de justice et préserver la sécurité du corps judiciaire. « Cela suffit de traiter la magistrature par-dessous la jambe. Il y va de la vie des magistrats et de toutes les personnes qui fréquentent le Palais de justice », conclut-il, masquant à grand-peine sa colère.
Les rumeurs ont été confirmées dans un rapport d'évaluation de la structure en trois bâtiments, publié en avril 2003 pour le compte du ministère des Travaux publics et des Transports par l'ingénieur Bilal Hamad, professeur de génie civil à l'AUB. Le danger qui pèse depuis de nombreuses années sur l'édifice et ses occupants n'émeut pourtant personne, et aucune mesure d'urgence n'a jamais été prise pour consolider le bâtiment et le réhabiliter conformément aux normes antisismiques. Il suffirait pourtant de trois millions de dollars, selon les estimations du coût des travaux. Mais ces fonds n'ont jamais été débloqués et la sécurité du millier de personnes qui...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut