L'esprit du dialogue régnera donc sur les concertations gouvernementales. Il serait tellement rassurant de s'en féliciter, mais il y a un hic. Pour s'en persuader, il suffit de faire un léger effort de mémoire. La fameuse table de dialogue, lancée en 2005 sous les auspices de l'actuel - et précédent - président de la Chambre et chef du mouvement Amal a subi bien des coups bas qui ont eu pour effet d'en menacer l'existence même, voire sa raison d'être. Le 7 mai 2008 a failli la réduire en poussière, et il a fallu qu'une conférence interlibanaise soit organisée par le Qatar pour que certains points discutés autour de cette fameuse table de dialogue puissent être enfin validés et entérinés par toutes les parties politiques. Or, aujourd'hui, le Premier ministre désigné s'apprête à mélanger deux recettes - le dialogue et les concertations gouvernementales - qui ont toutes deux prouvé, et plus d'une fois déjà - au grand dam des citoyens libanais -, leur incapacité.
Car il convient, en politique, d'aller au-delà du simple espoir suscité par une démarche donnée. Il convient donc d'avoir, en coulisses, dans un dossier, dans un tiroir ou sur un simple et vulgaire post-it, un plan B. Une stratégie qui puisse se montrer digne du long terme. Dans un pays où l'ultime réalisation politique se limite désormais à une poignée de main ou à une réunion informelle - au cours de laquelle aucune idée échangée ne mérite d'être notée sur une feuille - et où l'on se félicite du simple dialogue amorcé, même si celui-ci ne débouche sur aucune réalisation, toute création concrète requiert désormais un effort intellectuel démesuré. C'est seulement conscient de cette stérilité presque endémique que le Premier ministre désigné pourra se doter des outils nécessaires à un déblocage politique, même si cela implique d'accorder une énième concession à une minorité cupide. Car dans la balance se trouvent, côte à côte, l'avenir du pays et la capacité de gérer par nous-mêmes nos problèmes. Même s'ils semblent, au premier regard, insolubles.

