Pour sa part, le député Boutros Harb a contacté M. Siniora et le général Raad pour discuter des énormes dégâts causés par les intempéries dans plusieurs localités de Batroun, notamment dans les villages de Assia, Kfarhalda et Zan. Dans ces localités, l'eau a endommagé des maisons, des plantations, des récoltes, des routes... M. Harb a revendiqué « l'envoi d'une équipe d'experts pour le recensement et l'estimation des dégâts en vue de prévoir des compensations aux personnes lésées ».
M. Harb a précisé que « M. Siniora s'est immédiatement montré coopératif, et a chargé les autorités concernées d'effectuer le recensement et de présenter un rapport au haut comité de secours en vue d'apporter des aides aux citoyens touchés ». La tempête a en effet provoqué des effondrements de murs de soutien sur les routes, des inondations de champs, la destruction de plantations, la mort de poulets dans des fermes, l'inondation de maisons et de boutiques par des flots d'eau et de boue.
La boue, justement, a pollué les différentes sources d'eau potable de Denniyé. Les habitants ont arrêté d'utiliser l'eau de leur robinet, qui leur parvenait toute noire de boue. Certains ont utilisé des filtres, d'autres ont essayé de filtrer l'eau avec des tissus avant de la purifier, d'autres encore ont eu recours à des bouteilles d'eau minérale. Les fonctionnaires de l'Office des eaux de la région ont examiné les différentes sources, et procédé à leur nettoyage afin que leur eau retrouve sa pureté d'origine.
Par ailleurs, l'Office des eaux de Beyrouth a annoncé hier un rationnement dans les villages du Metn moyen, en raison des foudres qui ont frappé et endommagé, samedi, la majorité des pompes de la station de Jeïta, qui approvisionne ces villages en eau. Cette institution a précisé que des équipes d'entretien ont été dépêchées sur les lieux et qu'elles se chargent des réparations nécessaires. Le programme initial d'approvisionnement devrait être rétabli dans les 48 heures, selon l'Office des eaux.
Un phénomène inédit et bizarre
Pour sa part, Michel Frem, président du département des recherches agricoles scientifiques, a affirmé que les pluies tombées jusque-là en septembre ont dépassé leur taux annuel, atteignant les 30 à 50 millimètres suivant les régions, 12 dans la Békaa centrale, ce qui élève la moyenne annuelle pour ce mois à 4 millimètres.
Dans une déclaration à l'agence al-Markaziya, l'expert a assuré qu'il n'y a aucun lien entre ces pluies précoces et les prévisions d'un hiver rude, imputant au changement climatique résultant du réchauffement de la terre de tels phénomènes climatiques extrêmes. Parlant de l'hiver, il a estimé qu'on devait s'attendre à trois genres de phénomènes : un écart très important entre les températures d'un jour à l'autre (comme on l'a déjà expérimenté ces quelques jours) ; des averses très fortes en un court laps de temps ; des vents puissants qui accompagneront des tempêtes en hiver.
Mais M. Frem a révélé que la courbe des précipitations au Liban est descendante, et que le taux a diminué de 20 % en 25 ans. Il a souligné que la moyenne annuelle allait être révisée à la baisse, passant de 850 millimètres à 700 si cette baisse se poursuit. Il a par ailleurs assuré que l'eau des inondations ne pouvait être comptée comme une hausse de la moyenne annuelle parce que cette eau est perdue et va tout de suite à la mer. Il a rappelé que le véritable approvisionnement des sources et des nappes phréatiques vient de la fonte des neiges et des pluies modérées. Il redoute que si la baisse du taux de précipitation se confirme, cela signifie de futures pénuries d'eau pour les hommes et la nature au Liban.

