Ainsi vont les couacs dans ce pays bunkerisé - militairement et culturellement -, en voie de décomposition accélérée. Décidément, nous nous aimons de moins en moins et idolâtrons de plus en plus les pythies d'ailleurs. Nous sommes entrés dans une période d'immense incertitude. Mais le décor de notre tragédie n'était-il pas planté ? Nous avons le personnel politique momifié que nous plébiscitons inlassablement : les nombrilistes, les cassandres, les azimutés du cortex, les remueurs de boue, les panurgistes, les retourneurs de veste menacés par leur narcissisme et soldant leurs idéaux, ceux qui naviguent sans morale sur les eaux de leur réussite financière, ceux qui espèrent gagner du temps et entretenir l'espoir là où il n'y en a pas... et nous, incorrigibles rêveurs ou irrécupérables imbéciles, ignorant l'invasion d'un crétinisme contagieux. Avons-nous jamais su distinguer les hommes d'État des hommes d'estrade ?
Comment occulter les injonctions extérieures phagocytant les neurones anémiés de nos génies politiques et rendant quasiment impossible l'émergence d'une décision « libanaise » ? Ce sont eux, les téléguidés, les « externes », qui constituent la majorité tant convoitée. Comment également fermer les yeux sur l'émergence dans notre République fantasmatique d'un fait accompli : un État puissamment armé - ostracisé par la communauté internationale -, métastase d'une théocratie étrangère médiévale, une poudrière exposant le Liban à la vindicte israélienne chronique, et prêt à allumer la mèche d'un cataclysmique embrasement sunnito-chiite sur le modèle irakien ? Peut-on enfin ne pas constater la prolifération d'indélogeables camps palestiniens d'obédiences différentes, tous armés, tous terroristes en puissance, élevés sur le terreau de leur dénuement et de leurs idéologies revanchardes et dévoyées ?
Montherlant disait que « l'on fait l'idiot pour plaire aux idiots, ensuite on devient idiot sans s'en apercevoir ». En fait, si le ridicule tuait, les rues du Liban seraient désertes.
Alors comment nous en sortir, enfermés que nous sommes dans un perpétuel mensonge ? Continuerons-nous à parcourir notre vie avec des plaies béantes - en quête de dérisoires palliatifs - en sachant pertinemment que ces stigmates ne se refermeront jamais ? Nous courons au suicide sans nous en apercevoir. Si seulement nous pouvions mesurer le dérisoire de nos comportements !
À nos politiciens - indélogeables ou clonés - nous rappellerons ce mot de Chateaubriand : « Vous qui aimez la gloire, soignez votre tombeau ; couchez-vous y bien ; tâchez de faire bonne figure, car vous y resterez. »

