En son for intérieur, le régime syrien n'a pu être satisfait de l'élection du général Sleiman. Président de consensus et, surtout, rassembleur autour d'un concept purement patriotique générant un projet d'État de droit, souverain, fort, et surtout indépendant. Or Damas n'admet vraiment qu'un président libanais qui soit, sinon à sa solde, du moins sous son influence dominatrice. Elle n'a souscrit à l'élection du président Sleiman que pour éviter un président issu des rangs du 14 Mars. Ainsi que pour ne pas fâcher les Saoudiens, les Qataris et les Français, tous partisans d'un État libanais digne de ce nom. Un État blanc immaculé, alors que le régime syrien, quand il ne sombre pas dans le noir ou le rouge, préfère encore ce fond de grisaille qui lui facilite le coloriage du tableau à sa convenance du moment. Rapidement, du reste, Damas s'est aperçu que le président Sleiman n'allait pas dans le sens souhaité. En effet, lors du sommet arabe de Doha, il a plaidé avec ferveur pour cette initiative arabe de 2002 que le président syrien Assad venait de dénigrer devant la conférence. Et les prosyriens libanais ont reçu le feu vert pour s'en prendre à Baabda. Donc, à part les affirmations verbales mielleuses, on ne voit pas, dans les faits, en quoi la Syrie soutient le président Sleiman.
Damas prévoit le vide...
Un petit tour du côté de l'actualité. Des observateurs avertis estiment que Saad Hariri ne devrait accepter une deuxième désignation qu'après s'être assuré d'être bien en mesure de former le gouvernement sans nouveau torpillage des prosyriens. Il lui faut vérifier d'avance qu'ils ne poseraient pas derechef des conditions rédhibitoires pour un cabinet d'union et ne s'opposeraient pas, le cas échéant, à une formule d'extraparlementaires ou à une équipe de technocrates. Or, tout semble indiquer que l'opposition garde l'intention de temporiser jusqu'à ce que les développements extérieurs se décantent. Ce que confirme le journal syrien al-Watan, organe du pouvoir, qui avertit les Libanais qu'ils vont devoir supporter le vide institutionnel jusqu'à la fin de l'année en cours.
Même s'il n'en était pas ainsi, Hariri, échaudé par sa récente expérience, réalise sans doute que les opposants peuvent utiliser le facteur temps pour faire pression sur lui. Atermoyer, tout en provoquant des problèmes sécuritaires ou socio-économiques afin qu'il leur offre un maximum d'avantages. Sinon, ils l'acculeraient à une seconde, et probablement dernière, récusation. Cela sauf si, par un coup de baguette magique, les parrains du dehors se décidaient à ordonner un dénouement positif.
Pour le moment, les pôles de l'opposition certifient qu'ils tiennent toujours, comme la majorité, à la formule 15-10-5. Mais ils précisent qu'ils comptent faire montre d'une solidarité sans faille : si une composante de leur camp refuse d'entrer au gouvernement, parce que ses exigences n'auraient pas été remplies, toutes les autres lui emboîteraient le pas automatiquement. En clair, cela signifie qu'au cas où le CPL s'obstinerait à revendiquer l'Intérieur et les Télécoms pour Gebran Bassil, il n'y aurait pas de gouvernement. Parce que, mêmes causes mêmes effets, le Hezbollah interdirait toute représentation de la communauté chiite. Dès lors, répètent les observateurs cités, Hariri doit avancer à pas comptés.

