À l'origine, ce devait être une interview axée sur le bilan du passage de M. Parant au Liban, dont le départ définitif est prévu dans les jours qui viennent.
Mais l'actualité brûlante, représentée par la récusation du Premier ministre désigné, s'est révélée incontournable et a occupé une bonne partie de l'entretien. Cela a permis à l'ambassadeur d'exprimer son point de vue - et donc celui de la France - sur l'évolution de la situation dans ce pays depuis les élections législatives.
Tout en s'interrogeant sur les raisons qui ont poussé M. Hariri à se récuser aussi rapidement après avoir présenté sa mouture gouvernementale au chef de l'État, lundi dernier, M. Parant juge « normal » que le Premier ministre désigné « cherche à sortir de la stagnation », 73 jours après sa nomination.
Cependant, c'est précisément l'échec du processus qui rend le diplomate dubitatif. « Vu de l'extérieur, on ne voit pas pourquoi on ne peut pas former un gouvernement », souligne-t-il. « Il y a eu des élections, puis un accord sur les grandes lignes du cabinet ». « Il est vrai que le diable se cache dans les détails », admet-il, tout en exprimant son incompréhension à l'égard du fait que l'échec survienne sur des questions liées à des noms de ministres et à la répartition des portefeuilles.
« Le plus dur, c'était de trouver la formule générale, les 15-10-5. Or, cela a été fait. Que restait-il encore ? Très honnêtement, on n'arrive pas à comprendre pourquoi cela n'est pas possible. Cela paraît invraisemblable », ajoute-t-il.
« On peut difficilement penser qu'on puisse prendre en otage la formation d'un gouvernement sur la base d'un nom ou d'un portefeuille », dit-il, déplorant le « manque d'esprit de compromis ».
S'agissant de la mouture qu'avait présentée le Premier ministre désigné au président Sleiman et rejetée en bloc par l'opposition, M. Parant affirme ne pas avoir de commentaire à faire à ce sujet. Mais il consent tout de même un clin d'œil en soulignant que cette mouture constituait « une base solide de négociations », dans la mesure où elle respectait le cadre général convenu, c'est-à-dire la formule des 15-10-5, ainsi que la représentation de toutes les forces politiques essentielles.
À la question de savoir quelle serait la position de la France à l'égard d'un gouvernement monochrome, issu de la seule majorité parlementaire, le diplomate semble écarter cette éventualité. « La question est théorique », dit-il, car « tout le monde est d'accord sur le principe d'un gouvernement d'union nationale. Et il n'y a pas de remise en cause de cet accord ».
Pour lui, il est essentiel qu'un gouvernement soit mis en place dans les plus brefs délais, afin de traiter les nombreux dossiers en souffrance.
« Il faut que tout le monde fasse preuve de bon sens. Chacun doit faire un bout de chemin », dit-il.
Sur le point de savoir si la France pouvait entreprendre une médiation, comme elle l'avait fait au moment de la crise présidentielle, M. Parant met l'accent sur la différence fondamentale entre les deux crises. À l'époque, rappelle-t-il en substance, les institutions étaient bloquées et la sécurité était mise à mal. Aujourd'hui, les choses se déroulent « dans un cadre institutionnel à peu près normal ».
L'ambassadeur estime que cette évolution, qui a coïncidé avec sa présence au Liban, depuis son arrivée à l'automne 2007, est importante à souligner. La situation sur le plan sécuritaire s'est nettement améliorée, les institutions ont recommencé à fonctionner et les élections législatives ont eu lieu dans des conditions acceptables, a-t-il relevé.
Pour M. Parant, cette évolution est le fruit notamment du début de normalisation entre le Liban et la Syrie. « La France souhaite que le processus de normalisation se poursuive », affirme-t-il, avant d'ajouter que Paris serait encore « disponible » pour jouer un rôle positif sur ce plan en cas de besoin.
Pour autant, le diplomate rejette l'idée selon laquelle la France a changé de politique envers le Liban. « La période 2005-2007 (le gel des contacts entre Paris et Damas) était une exception. La Syrie est un acteur important dans la région et le président Nicolas Sarkozy a considéré que le moment était venu de reprendre le dialogue avec Damas », explique-t-il, avant d'assurer que « l'objectif n'est pas de sacrifier les intérêts du Liban sur l'autel de la reprise du dialogue avec la Syrie ».
Et de rappeler les « constantes » de la politique française à l'égard du Liban : défense de la stabilité du pays, de son indépendance, de sa souveraineté et aussi de sa démocratie.
M. Parant conclut sur une note d'humour. Ce pays, il est vrai, est plutôt compliqué. N'a-t-on pas dit : « Si vous avez compris le Liban, c'est qu'on vous l'a mal expliqué ? »
Appelé à diriger la cellule africaine de l'Élysée, André Parant quitte le Liban avec un certain nombre de regrets : d'abord celui... de partir. Ensuite, d'abandonner des chantiers qu'il avait entamés et dont il ne verrait pas l'aboutissement, comme par exemple la politique de soutien à l'enseignement francophone. Et enfin, de laisser derrière lui de nombreux amis.
Mais il affirme ne pas pouvoir « imaginer perdre le contact » avec ce pays.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine