Pour des personnes qui n'ont jamais épousé d'autre carrière professionnelle que celle de militant ou de ministre, les chiffres cités dans les médias - et non démentis - semblent ahurissants. C'est fou ce que ça rapporte de défendre les intérêts des déshérités ! C'est décidé, je m'y mets. Y en a marre de bosser du matin au soir pour voir votre salaire fondre rien qu'avec la hausse des prix du carburant.
Alors, je me renseigne sur la procédure à suivre. On peut choisir de collaborer avec les mafias de Brital. Vous savez, ce petit village pacifique de la Békaa qui voit transiter plus de voitures de luxe que Las Vegas, dans le sens ouest-est. Cette option est inspirée de Robin des Bois : on pique les voitures des plus riches pour les revendre et réduire ainsi la fracture nord-sud. Et en plus, l'État n'y peut rien.
Mais, franchement, je ne me vois pas braquer des conducteurs sans défense en pleine nuit. Et si je tombais sur des amis ? Devrais-je faire passer le devoir professionnel avant l'amitié ou bien l'inverse ?
Je trouve alors une autre option : défendre des idéaux, donner un héritage aux déshérités, libérer le territoire, y compris celui des autres. Et lorsque l'on provoque une guerre, faire payer l'État en l'accusant de partialité. Problème : je n'appartiens pas à la bonne communauté. Du coup, si guerre il y a, je ferai partie de ceux qu'on n'indemnisera pas.
Alors, je trouve une troisième option : j'étudie les télécoms et je prends le ministère des P et T. Après tout, dans le même article, il est dit que le ministre, fervent défenseur de l'État de droit, a collaboré avec le service de sécurité du Hezbollah pour localiser le malfaiteur. Je trouve brusquement formidable que le ministre des Télécoms soit un orangé. Si un 14 marsien avait fait la même chose, il aurait été vilipendé pour avoir agi dans le plus grand mépris des institutions légales. Mais là, on n'en souffle pas mot. Et pourtant, j'ai un problème : il n'y a plus aucun poste de gendre disponible. Fallait y penser avant.
Je me rends alors à l'évidence : les déshérités sont des gens qui ont hérité uniquement de valeurs morales et non financières. Et celles-ci ont fait faillite au Liban depuis des lustres. Alors je n'ai plus qu'à faire partie des déshérités que les gros fortunés cherchent à défendre. Visiblement, dans toutes les communautés, ils se ressemblent.
Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ! L'argent n'a peut-être pas d'odeur, mais dans ce cas, il pue drôlement l'arnaque.


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