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Liban - Interview

Élias Zerhouni, un homme doté d’une vision globale de la santé publique

Ancien directeur des National Institutes of Health aux États-Unis, Élias Zerhouni est aussi un expert de la direction mondiale de la science et de la santé publique. Récemment à l'honneur à l'AUB, il expose à « L'Orient-Le Jour » les défis que doit relever la médecine moderne et évalue la situation au Moyen-Orient.
Il est de ces personnes au parcours jalonné de succès, qui insufflent en vous l'envie et la détermination à aller de l'avant. À vouloir voler haut. Élias Zerhouni fait partie de cette catégorie d'hommes à la carrière remarquable. Américain d'origine algérienne, il débarque aux États-Unis en 1975, à l'âge de 24 ans. Fraîchement diplômé de l'Université de médecine d'Alger et muni d'une bourse du gouvernement algérien d'une valeur de 369 dollars, il était venu poursuivre sa spécialisation en radiologie à l'Université Johns Hopkins. Il ignorait alors que sa carrière allait prendre un tournant tout différent.
Élias Zerhouni s'intéresse rapidement à la recherche en radiologie et en ingénierie biomédicale et effectue plusieurs travaux sur « l'utilisation de l'imagerie comme outil de diagnostic des maladies cardio-vasculaires, pulmonaires et du cancer ».
Il gravit rapidement les échelons de la hiérarchie hospitalo-universitaire et en 2002, il est nommé par le président américain, George Bush, à la tête des National Institutes of Health (NIH). Un établissement qui regroupe dix-sept instituts et plus de 18 000 employés, avec un budget de près de 30 milliards de dollars par an et une présence dans 110 pays, dont le Liban à travers une collaboration avec l'Université américaine de Beyrouth (AUB). Son mandat achevé (2008), Élias Zerhouni rejoignit il y a quelques mois la Fondation Bill et Melinda Gates dont il devient le conseiller principal pour des questions relevant du domaine de la santé publique.
« À la fondation, nos efforts sont orientés vers la mise au point de vaccins destinés aux pays pauvres, qui seraient abordables et dont la conservation ne nécessiterait pas une chaîne du froid. Nous œuvrons également à définir les meilleurs moyens de limiter la mortalité infantile et maternelle, ainsi que les décès évitables. Les décès causés par les accidents de la route à titre d'exemple et qui constituent la quatrième cause de mortalité mondiale après les maladies cardio-pulmonaires, le cancer et les maladies infectieuses », explique à L'Orient-Le Jour Élias Zerhouni, au cours d'une visite récente au Liban. Il était l'invité d'honneur de l'Université américaine de Beyrouth qui lui avait décerné un diplôme honoris causa.
Expert en matière de gestion de la science et de la direction mondiale de la science et de la santé publique, il fait remarquer que « la santé mondiale est l'un des défis majeurs que la médecine moderne doit relever ». « La santé mondiale passe par une importante transition à laquelle on n'a pas de solutions, constate-t-il. Les pathologies chroniques, comme le diabète et les affections cardio-vasculaires, augmentent rapidement. Il en est de même pour les troubles du troisième âge, comme les maladies d'Alzheimer et de Parkinson. De même, la dépression touche de plus en plus de jeunes (25-45 ans) et constitue par conséquent la première cause de handicap social. En ce qui concerne les maladies infectieuses, comme le sida, le SARS, la grippe et autres, elles émergent et réémergent en raison de la croissance démographique qui cause l'écroulement de l'interface entre la population et l'environnement. Une disparité de la santé est donc observée à l'intérieur même des pays. Comme ce panorama de médecine a changé, de nombreux patients n'ont pas accès aux soins nécessaires et les systèmes de santé eux-mêmes ne sont pas organisés pour gérer cette situation. »

Épidémiologie en dromadaire
Il y a quelques décennies, les spécialistes distinguaient deux types de pathologies, celles des pays riches avec le cancer et les maladies cardio-vasculaires et celles des pays pauvres avec les maladies infectieuses. « Actuellement, toutes ces pathologies sont répandues sur l'ensemble de la planète, indique Élias Zerhouni. C'est l'épidémiologie en dromadaire. »
« D'un point de vue scientifique donc, poursuit-il, on ignore comment gérer cette nouvelle situation, malgré tous les progrès de la science. Il est important donc d'accélérer la compréhension des phénomènes biologiques à travers des recherches multidisciplinaires sur les causes fondamentales des maladies surtout au niveau du génome humain. Il est vrai que des progrès ont été accomplis dans ce cadre et qu'on comprend mieux le génome humain et ses dérèglements, mais on se rend compte aussi que chaque être humain est différent et que chaque population humaine est différente. Les maladies génétiques sont différentes, les héritages génétiques le sont aussi et le même médicament n'a pas une même efficacité sur les différentes races populaires. Une médecine plus personnalisée et plus prédictible est donc nécessaire. »
Le Dr Zerhouni affirme ainsi qu'il est indispensable de « développer une connaissance plus profonde des sciences de la vie, qui englobent non seulement la santé, mais aussi l'environnement, l'énergie et l'agriculture ». « La médecine moderne doit devoir aussi changer les systèmes de santé, parce que la médecine de demain doit être préventive beaucoup plus que curative », note-t-il.

Tests génétiques
Les tests génétiques n'aident-ils pas à prédire les maladies ? « Non, répond Élias Zerhouni. Utiliser le génome humain pour prédire des maladies, c'est profiter du fossé qui existe dans la politique régulatrice de la FDA (Food and Drug Administration aux États-Unis) et de l'EMEA (Agence européenne du médicament) qui ne gèrent que les instruments thérapeutiques qui ont un risque et un bénéfice. Jusqu'à présent, nous ne disposons pas de la science nécessaire pour effectuer ces tests. Nous savons qu'il existe des associations entre des maladies déterminées et des statistiques du point de vue génome, mais nous ignorons si cela est vrai au niveau individuel. Donc, en étudiant le génome humain, nous pouvons dire à titre d'exemple, que la population du Moyen-Orient est deux fois et demie plus prédisposée au diabète que la population mondiale. Cela ne signifie pas pour autant qu'il est possible de prédire au niveau individuel qui aura le diabète, même si on fait subir à une personne des tests génétiques et que les résultats s'avèrent identiques à ceux effectués sur le génome humain. Les prédictions génomiques sont correctes au niveau des populations, mais elles ne sont pas encore individualisables. Il n'est pas possible d'extrapoler de la population à l'individu. Certains tests ont été prouvés, comme dans le cancer du sein avec les marqueurs génétiques BRCA1 BRCA2, qui sont assez prédictibles. Mais sinon, il y a une exagération dans le monde sur la valeur individualisée de ces tests, qui sont utilisés pour essayer de comparer des populations de malades à des populations saines. Et c'est là un problème. »

Une mosaïque de pathologies
Abordant la collaboration avec les compagnies pharmaceutiques, le Dr Zerhouni estime qu'« il est impossible de développer un médicament sans avoir un acteur industriel qui collabore avec l'académie, les chercheurs et le gouvernement ». « Une collaboration pour trouver un nouveau traitement est utile, insiste-t-il. Le problème se pose dans la manipulation possible des relations entre les médecins qui pratiquent et les compagnies pharmaceutiques dans la mesure où ils influencent les résultats de la science pour pouvoir augmenter leurs ventes. »
« Les aspects positifs doivent être transparents et basés sur des relations officielles, ajoute Élias Zerhouni. Par contre, les forces occultes de manipulation de l'opinion et de gestion des avis de médecins doivent être empêchées. Le danger réside dans l'excès de marketing qu'il faudrait absolument interdire. »
Comment évalue-t-il la situation au Liban et au Moyen-Orient ? « Le Liban est une mosaïque de pathologies significatives de la région, souligne le Dr Zerhouni. C'est un laboratoire fantastique pour étudier les maladies génétiques particulières et avoir accès à toute la richesse génétique, parce que le Moyen-Orient est l'endroit du monde où l'on constate le plus de brassage. Du point de vue génomique génétique donc, on y a fait des découvertes extraordinaires. Dans le cadre de recherches effectuées avec le Liban, la Jordanie et les pays du Golfe, nous avons ainsi trouvé les premiers gènes pour l'autisme ainsi que des gènes de la surdité congénitale rencontrée en Palestine, au Liban et en Jordanie. »
Et d'ajouter : « Le Liban, à l'instar des autres pays de la région n'est pas équipé sur le plan de la santé publique. Il est nécessaire d'élaborer une politique de santé qui fasse appel aux agents de santé plutôt qu'aux médecins, car, à eux seuls, ces derniers ne peuvent pas gérer les maladies chroniques. Il faut une approche sociale intégrée des maladies chroniques. »
Quel message adresse-t-il aux jeunes ? « Saisir les opportunités dans le domaine des sciences de la vie, qui constituent la tendance du XXIe siècle. Les jeunes devraient considérer cela comme une carrière, mais aussi comme une aventure. Il n'y a pas de raison qu'en enfant libanais ait un rêve plus petit qu'un enfant japonais, chinois ou américain. Il faut rêver grand pour arriver et ne pas poser des limites. »
Il est de ces personnes au parcours jalonné de succès, qui insufflent en vous l'envie et la détermination à aller de l'avant. À vouloir voler haut. Élias Zerhouni fait partie de cette catégorie d'hommes à la carrière remarquable. Américain d'origine algérienne, il débarque aux États-Unis en 1975, à l'âge de 24 ans. Fraîchement diplômé de l'Université de médecine d'Alger et muni d'une bourse du gouvernement algérien d'une valeur de 369 dollars, il était venu poursuivre sa spécialisation en radiologie à l'Université Johns Hopkins. Il ignorait alors que sa carrière allait prendre un tournant tout différent.Élias Zerhouni s'intéresse rapidement...
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