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Liban - Commentaire

Damas, toujours Damas, en ombre chinoise

C'est un secret de Polichinelle : derrière toutes les épreuves du Liban se profile le deus ex machina syrien. Tireur de ficelles, et puisque que l'on évoque Polichinelle, manipulateur invisible de marionnettes locales. Avec toujours un même objectif, se faire payer au prix fort le règlement positif des problèmes qu'il a manigancés. Et s'il n'obtient pas satisfaction, que les Libanais en prennent pour leur grade.
Des professionnels chevronnés, qui suivent les agissements syriens depuis très longtemps, relèvent que Damas n'a jamais fait risette au pouvoir libanais en place. Sauf, évidemment, du temps de l'occupation, mais peut-on soutenir qu'il y avait vraiment à l'époque un pouvoir libanais ? Quand, aux premiers temps de notre République, nous avions conclu l'accord monétaire avec la France, la Syrie avait poussé les hauts cris, nous accusant de perpétuer, sous une forme masquée, le régime du mandat. Six mois plus tard, elle a elle-même signé un traité similaire avec Paris, sans fausse honte. Un peu plus tard, elle a interdit la livraison de blé syrien au Liban, à cause de décisions qu'il avait prises sans la consulter. Puis la Syrie a connu une série de coups d'État militaires, dont bon nombre avaient capoté. Les officiers putschistes se réfugiaient au Liban. Souvent, elle n'hésitait pas à les y traquer directement, ou à les faire abattre. En exigeant toujours du Liban qu'il expulse, ou lui livre, les politiciens syriens opposants également réfugiés à Beyrouth.
Mais tout cela n'était encore que peccadilles. C'est à la fin des années soixante que la Syrie, entamant son plan de conquête du Liban, a mis en œuvre la nuisance nécessaire pour parvenir à ses fins. En encourageant les fedayin palestiniens à s'emparer du Arkoub, pour des opérations contre les Israéliens, puis à se répandre en force à l'intérieur du pays. D'où une interminable série de guerres intestines, qui ont permis à la Syrie d'intervenir en pacificateur, pour finir par dominer seule la scène libanaise, pendant 30 ans, répartis en deux tranches, avant et après Taëf de soi-disant tutelle. Une véritable occupation en fait, avec gauleiter anjarien à la clé. Cela, après le départ des Palestiniens armés, le retrait des Occidentaux, des Arabes et même des Israéliens, auteurs de deux invasions destructrices.
Répétons-le, du temps du joug syrien, il n'y avait pas de pouvoir libanais. Damas désignait les trois présidents, nommait les ministres et faisait élire la plupart des députés. Les têtes fortes qui lui résistaient étaient mystérieusement assassinées, emprisonnées ou forcées à l'exil. Sans compter des bombardements sauvages, sur Achrafieh, sur Zahlé et sur tant d'autres localités, ou encore des massacres de jeunes gens par grappes, comme dans la Békaa-Nord dans les années soixante-dix. Forfait commis, cynisme parfait, au nom de la sécurisation et de la stabilisation du pays.
Une fois le nettoyage par le sang terminé, la sécurité a été, en effet, assurée. Au prix d'une mainmise totale sur le pays politique et de lourdes ponctions financières et économiques. Bien entendu, nul ne pouvait accéder à un poste officiel quelconque sans s'engager à ne jamais demander un retrait syrien, conformément à Taëf, ni même à y faire allusion. Dociles, les parachutés, qui se sont succédé au pouvoir fantoche, répétaient que la présence militaire syrienne restait « nécessaire, légale et provisoire ». Une devise que l'on retrouvait, invariablement, dans tous les serments d'investiture des présidents de la République et dans toutes les déclarations ministérielles des gouvernements.
Mais finalement, le terme mensonger de « présence provisoire » a fini par se trouver justifié. À cause de l'assassinat du président Rafic Hariri, et grâce à la révolution du Cèdre. Les Syriens ont donc plié bagage. Mais, sortis par la porte, ils se sont empressés de rentrer par la fenêtre. Et c'est leur souffle qui anime, aujourd'hui, le front local du blocage.
C'est un secret de Polichinelle : derrière toutes les épreuves du Liban se profile le deus ex machina syrien. Tireur de ficelles, et puisque que l'on évoque Polichinelle, manipulateur invisible de marionnettes locales. Avec toujours un même objectif, se faire payer au prix fort le règlement positif des problèmes qu'il a manigancés. Et s'il n'obtient pas satisfaction, que les Libanais en prennent pour leur grade.Des professionnels chevronnés, qui suivent les agissements syriens depuis très longtemps, relèvent que Damas n'a jamais fait risette au pouvoir libanais en place. Sauf, évidemment, du temps de l'occupation, mais peut-on soutenir qu'il y avait vraiment à l'époque un pouvoir libanais ? Quand, aux premiers temps de notre...
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