Ainsi raisonnons-nous. Une tare pour certains, un don de Dieu pour une majorité, la chefferie se transmet comme bijoux de famille. Cet exécrable choix de nos représentants n'a jamais dérogé aux règles ancestrales, et si, par malheur, la descendance directe venait à manquer, on s'affairait à décortiquer l'arbre généalogique pour débusquer le plus proche parent, fût-ce aux confins du Nouveau Monde. Sporadiquement, notre panorama politique s'enrichissait d'un « outsider » qui inaugurait à son tour une nouvelle lignée dirigeante, adhérant stricto sensu aux clauses susmentionnées. Toutefois, hormis cet épiphénomène, qui pimentait nos conversations pour assouvir une curiosité attisée par le nouveau venu, notre univers politique évoluait sans anicroches.
Évidemment, nombreuses furent les promesses d'une démocratie platonicienne. Si nous y avions donné crédit alors que nous étions jeunes et idéalistes, il n'en demeure pas moins qu'avec l'âge et l'expérience, nous ne prêtions plus aucune attention. Il y eut plus de fils, petit-fils, frères et cousins chez les dirigeants qui reprirent le flambeau que de volontés rénovatrices chez le peuple. Même que dernièrement, un messie du changement et de la réforme, qui nous gavait de maximes pompeuses et fringantes, qui prônait l'État de droit à celui de la basse-cour, nous a imposé en fin de compte, et faute de mâles dans sa progéniture, un filleul, un cousin ou un gendre. Pas de quoi pavoiser sur tous les toits, pourtant il nous promet sa « smala » ou le chaos. Le monde a connu la monarchie, l'oligarchie, l'anarchie, voire la « mollarchie » et le Liban d'innover avec sa « smalarchie ».
Nous craignions, à juste titre, l'effet dévastateur du tiers bloqueur qui avait fait couler beaucoup d'encre et de sang, mais il reste un vulgaire épouvantail comparé à l'arme de destruction massive du général, le gendre bloqueur. Subséquemment, à défaut d'espérer une solution définitive à notre triste sort, peut-être qu'un pater pour le salut de notre patrie ferait l'affaire, alors ensemble prions :
Au nom du Père, du Gendre et du Filleul,
Ainsi soit-il.

