L'initiative du Premier ministre désigné Saad Hariri de présenter au président Michel Sleiman la composition de son équipe gouvernementale a été commentée, et vivement critiquée, par plusieurs pôles du 8 Mars et diverses personnalités proches de l'opposition dont certaines ont été jusqu'à juger contraire aux règles démocratiques et constitutionnelles la démarche du président du Conseil. Le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel Amir Kabalan, a estimé que l'initiative de Saad Hariri constitue « un précédent dans l'histoire du Liban d'avant et d'après-Taëf ». Cheikh Kabalan a déclaré sur ce plan que le Premier ministre désigné « aurait mieux fait de poursuivre ses concertations pour mettre sur pied un cabinet qui puisse satisfaire la majeure partie des Libanais ».
Le secrétaire général adjoint du Hezbollah, cheikh Naïm Kassem, a tenu dans ce cadre des propos plus nébuleux, soulignant la nécessité de poursuivre l'application de l'accord de Taëf afin d'en déceler les failles. « Nous prônons l'entente nationale plutôt que les attitudes qui consistent à rejeter la balle dans le camp d'autrui, en adoptant ainsi une position de défi, a notamment déclaré cheikh Kassem. Nous appelons à un minimum de garantie afin de rétablir la confiance entre les différentes factions. Il faudrait mettre en application les clauses de l'accord de Taëf en suspens afin de déceler les problèmes qui se posent. Que l'on achève l'application de Taëf pour déterminer les failles et les aspects positifs. Nous devons régler le problème du confessionnalisme au niveau de la fonction publique. C'est alors que l'on pourra être au service de la patrie plutôt que d'un rassemblement de communautés. »
Plus direct dans ses critiques de la démarche de Saad Hariri, le député Hussein Moussaoui, membre du bloc parlementaire du Hezbollah, a affirmé que l'initiative du Premier ministre désigné a été une erreur et s'est faite d'une manière « précipitée, ce qui ne convient pas à la situation dans laquelle se trouve le pays et qui nécessite de faire preuve de sagesse et de coopération ».
Le député hezbollahi Nawwar Sahili a déclaré pour sa part : « La démarche du Premier ministre désigné ne correspond pas à ce qui avait été discuté lors des concertations. Ce n'est pas de cette manière que l'on forme un gouvernement d'union nationale. Le véritable partenariat, c'est lorsque nous contribuons à la formation du gouvernement et lorsque chaque faction politique aura le droit de décider qui la représentera » au gouvernement. « Si le Premier ministre désigné veut se livrer à des clowneries et s'il désire torpiller les accords, nous retournerons alors à la case départ », a déclaré M. Sahili.
Les milieux du mouvement Amal ont exprimé pour leur part des points de vue plus nuancés, se contentant de généralités. Le député Ali Khreiss, membre du bloc parlementaire d'Amal, a ainsi souligné que « la phase difficile que traverse le pays impose à toutes les factions de faire preuve de responsabilité et d'œuvrer avec sérieux dans le cadre d'un gouvernement d'union et sur base d'un véritable partenariat, de manière à ce qu'aucune partie ne monopolise le pouvoir ».
Ali Bazzi, également membre du bloc parlementaire du mouvement Amal, a appelé les leaders et responsables politiques à « œuvrer afin d'unifier les rangs et de mobiliser les potentialités pour permettre au Liban d'afficher une volonté unie face aux défis » qui pointent à l'horizon. M. Bazzi a également souligné la nécessité de dépasser les clivages politiques actuels entre le 14 et le 8 Mars.
Au niveau des milieux aounistes, le ministre Mario Aoun a déclaré que la démarche de Saad Hariri « n'a pas respecté les règles démocratiques concernant la formation d'un véritable gouvernement d'union nationale ». « La combinaison (présentée par M. Hariri) a constitué une sorte de défi du fait que les demandes de Michel Aoun n'ont pas été prises en considération », a déclaré Mario Aoun, qui a refusé tout changement au niveau de certains noms, affirmant que la composition suggérée par le Premier ministre désigné « ne reflète pas une volonté d'ouverture de la part du président du Conseil désigné ».
Abondant dans le même sens, le député Ibrahim Kanaan, membre du bloc aouniste, a affirmé que la démarche de M. Hariri est « en contradiction avec la logique constitutionnelle et les pratiques démocratiques », soulignant que l'initiative du Premier ministre « ne traduit pas une volonté sérieuse de former un gouvernement d'union nationale ».
Le député Fady Awar, également membre du bloc aouniste, a qualifié de « suspectes » les tentatives de « nous imposer les noms de nos représentants ainsi que les portefeuilles ministériels ».
L'ancien ministre Wi'am Wahhab, très proche de Damas, a déploré de son côté le fait que « Saad Hariri se soit positionné sur la ligne de démarcation régionalo-internationale, au lieu de se placer et de placer le Liban sur la voie de l'entente régionale et internationale ». Affirmant que des « facteurs extérieurs » ont incité M. Hariri à présenter sa formule gouvernementale au président Sleiman, M. Wahhab a établi un lien sur ce plan avec la récente visite à Beyrouth de l'ancien ambassadeur américain à l'ONU, Zalmay Khalilzad.
Même son de cloche au niveau de l'ancien ministre prosyrien Abdel Rahim Mrad, qui a dénoncé « l'influence de l'ancien ambassadeur américain (à Beyrouth) Jeffrey Feltman, sur certaines factions au Liban », déplorant lui aussi dans ce contexte la récente visite de Khaliljad à Beyrouth.
Enfin, le chef du Parti syrien national social (PSNS), Assaad Herdane, a affirmé que la combinaison ministérielle proposée par M. Hariri « ne correspond à aucun critère de l'union nationale ».


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