Rechercher
Rechercher

Liban - Commentaire

Le sectarisme obère sérieusement l’avenir du pays

Il est désormais certifié aux yeux de tous, urbi et orbi, que la faille sismique libanaise ne tient ni dans le régime politique ni dans la Constitution, mais bel et bien dans cet abominable sectarisme qui imprègne les mentalités. C'est donc à ce niveau qu'il faut agir, avant de retoucher les textes. Le redressement doit commencer par l'alpha, c'est-à-dire par une formation soignée des enfants, à la maison comme à l'école. Là, il est nécessaire de leur inculquer une éducation civique solide. Pour que les générations montantes assimilent comme allant de soi l'allégeance à la patrie, et non plus à la communauté, à la confession ou au rite. Pour que l'amour, politiquement exclusif, du Liban leur devienne aussi naturel que de respirer.
Sans promotion du civisme bien compris, aucun système, aucune Constitution ne peuvent générer un État fort garant d'une nation pérenne. Tant que le ver pourrit le fruit, tant que l'État, censé être laïc, se trouve contrôlé par les communautés et n'obtient même pas le droit d'instituer le mariage civil facultatif, le brassage national reste hors de portée. Partant de là, il ne se présente aucun espoir de faire du Liban un État digne de ce nom, et encore moins une nation qui se tienne debout sans béquilles.
C'est ce que relevait en 1943 le premier gouvernement de l'indépendance, dirigé par Riad Solh. Dans sa déclaration ministérielle, il soulignait que « le moment où il deviendrait possible d'abolir le confessionnalisme sonnerait l'heure, bénie en regard de l'histoire du Liban, de l'éveil au sens de la nation ». Après avoir souhaité que cette heure fût proche, le gouvernement Solh indiquait qu'il fallait bien préparer le chantier, la main dans la main, « afin que toute âme se rassure totalement sur la réalisation de cette réforme nationale essentielle ».

Le confessionnalisme empire...
Dans ce premier gouvernement indépendant et dans les suivants, l'on n'avait pas pris en compte le volume de chaque communauté, comme cela se pratique actuellement. Les six principales familles spirituelles ne disposaient, chacune, que d'un ministre. Mais, au fil des ans, le confessionnalisme n'a fait qu'empirer, faisant régresser de plus en plus la République. Le critère du volume communautaire démographique s'est étendu à la Chambre des députés comme au gouvernement, et il a été également appliqué dans les postes administratifs de première catégorie. Taëf a confirmé cette sorte de distribution des parts du gâteau, pudiquement dénommée copartage, sur base d'une parité égale entre chrétiens et musulmans.
Quand on fait fausse route dès le départ, pourquoi ne pas continuer en si mauvais chemin ? On entend ainsi aujourd'hui des voix s'élever pour exiger que l'on serre d'encore plus près le concept de volume communautaire. C'est-à-dire pour que l'on refasse tous les calculs, au niveau des trois présidences, à la Chambre, au gouvernement et dans l'administration, sur base du poids démographique de chaque communauté. Avec une concession, sans doute éphémère, le départage à trois, deux parts pour les musulmans, une pour les chrétiens. En tout cas, cela signifie que les grandes communautés écraseraient toutes les autres. Alors qu'en réalité un pays composite comme le Liban, qui comprend 17 communautés, ne se compose, forcément, que de minorités.
De plus, il est aisé de réaliser qu'au cas où la formule numérique devrait être adoptée, ce serait de nouveau la course au recrutement, via les naturalisations massives d'étrangers. Comme ce fut le cas sous le régime du président Élias Hraoui quand la nationalité libanaise a été octroyée à quelque 300 000 particuliers, dont bon nombre ne remplissaient pas les conditions légales requises. La fournée avait avantagé, et de très loin, les musulmans par rapport aux chrétiens. Ces derniers déploient dès lors des efforts pour équilibrer la balance en puisant dans le réservoir des émigrés ou des descendants de Libanais d'origine qui ont perdu leur nationalité par inadvertance. En effet, à la chute de l'Empire ottoman, et alors qu'ils étaient au loin, on ne les avait pas informés qu'il leur fallait s'inscrire et réclamer une carte d'identité libanaise.

Il est désormais certifié aux yeux de tous, urbi et orbi, que la faille sismique libanaise ne tient ni dans le régime politique ni dans la Constitution, mais bel et bien dans cet abominable sectarisme qui imprègne les mentalités. C'est donc à ce niveau qu'il faut agir, avant de retoucher les textes. Le redressement doit commencer par l'alpha, c'est-à-dire par une formation soignée des enfants, à la maison comme à l'école. Là, il est nécessaire de leur inculquer une éducation civique solide. Pour que les générations montantes assimilent comme allant de soi l'allégeance à la patrie, et non plus à la communauté, à la confession ou au rite. Pour que l'amour, politiquement exclusif, du Liban leur...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut