Ce n'est pas étonnant que ce jeune chanteur, au visage de Christ, à la longue chevelure retenue en queue-de-cheval, au regard sombre, porte jeans et oud en bandoulière (comme certains qui jouent du piano debout). Ce n'est pas étonnant que le jeune homme, qui anime souvent les soirées du Madina ou d'autres lieux, qui joue avec différentes formations, qui compose, qui chante, qui s'amuse avec la musique, ait également un profond respect pour elle. Bref, ce n'est pas étonnant que Ziyad Sahhab ait choisi cette expression Dil Wa'ti Bahib el-Manga comme titre pour son prochain CD, dont il a présenté des morceaux au Madina. Juteuses, capiteuses, comme ce fruit exotique, ses chansons, quoique inspirées du traditionnel tarab, sont émaillées d'airs jazzy, bossa noviens, passa dobliens... Rawak, Fat el-Hawa, Lama Haka al-Wadeh el-Iqlimi ...Autant d'airs qui balancent l'air du temps ; autant de paroles qui moquent la langue de bois et une richesse musicale, mais bon sang, où est-il parti dénicher toutes ces sonorités ?
Le tarab sans cesse remodelé
Ziyad Sahhab n'est pas seul sur scène. Accompagné de Yasmina Fayed à la voix douce et épicée et d'Ahmed el-Khatib au cajun, Selmane Baalbaki (def), Bachar Farran (basse), Georges Kassis au piano, Ahmad Chebbo au violon et Ghassan Salhab au qanun, l'artiste mélange lyrisme et badinage musical. Outre les duos avec Yasmina, les solos, les plaisanteries et ses allers-retours sur scène, l'artiste va même jusqu'à inventer un nouvel exercice : présenter un morceau, Mamma Zamanha Gayya, qu'il imaginerait, dit-il, être joué ainsi par Mohammad Abdel Wahab, le maître, qu'il enchaînera par la version Baligh Hamdi.
Ziyad Sahhab n'est pas un amuseur public, même s'il prend le ton léger. Il ne porte aucun message politique, même si les textes d'Ahmad Fouad Nejm ou Ahmad Kheir ou ceux qu'il compose lui-même font mouche.
Ce jeune artiste, tombé depuis son enfance dans la marmite de la musique, qui balade sa langueur, son flegme humoristique et ses harmonies toujours enrichies et renouvelées, était encore une fois au rendez-vous avec un public déjà conquis d'avance et qui en redemandait encore plus.


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