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Nos lecteurs ont la parole

La bonne conduite

Par Alain PLISSON
« Y a-t-il un pilote dans l'avion ? » C'est le titre d'un film.
« Y a-t-il un conducteur dans la voiture ? » C'est la question que je me pose tous les jours en observant la façon dont mes compatriotes se comportent sur les routes du Metn ou d'ailleurs.
« Y a urgence ! » Notre sympathique Ziyad Baroud l'a compris. Et pour illustrer mon propos, voici quelques exemples que j'ai pu observer de visu sur la manière dont beaucoup conçoivent le code de la route.
1) Que dire de ce mastodonte ventripotent qui coïnce son malheureux rejeton entre sa panse et le volant, sous prétexte de lui apprendre à conduire, un dimanche à midi sur l'autoroute ? Au premier coup de frein, le mouflet a de sérieuses chances de se retrouver aplati, aussi bine qu'une crêpe... away !
2) Que dire de ces gosses qui émergent du toit d'un rutilant 4x4, le corps au trois quart au dehors ? Ceux-là à la première embardée auront toutes les (mal)chances de jouer les Supermen, propulsés dans l'espace, à la vitesse grand V.
3) Que dire de ces autres bambins qui, ne bénéficiant pas du toit ouvrant du 4x4 paternel, se rattrapent en passant allégrement la moitié de leur buste par les fenêtres arrière, grandes ouvertes ? Pour ceux-là, c'est la décapitation programmée, sans guillotine !
4) Que dire de ces parents qui sont censés prendre soin de leur marmaille ? Il me vient à l'esprit cette ravissante mère de famille qui slalomait à toute vitesse, une cigarette dans une main, le portable dans l'autre ! Y avait-il une troisième main sur le volant ? Je préfère supposer qu'elle avait trouvé la formule du pilotage automatique, comme en avion. Titre du film à l'appui !
5) Que dire lorsque je découvre dans le journal la photo d'une famille de cinq, agglutinée dans « quelque chose » (n'ayant pas trouvé une autre définition pour caractériser l'engin qui tient à la fois de la mobylette, du camion à benne ou de la roulotte de gitans, autrement dit, rien du tout), le conducteur coincé entre sa fille et sa femme, les deux garçons dans la benne ! Non, ce n'est pas de l'ingéniosité, comme on a voulu nous le faire croire avec cette photo, mais de l'inconscience... Comment peut-on laisser un tel engin, faisant abstraction de toutes les normes de sécurité, circuler sur nos routes ?
J'ai gardé pour la fin une petite mésaventure (je suis coutumier du fait) avec un agent de la circulation. C'est à croire que mes déplacements sur l'autoroute Dbayé-Beyrouth font l'objet d'une surveillance toute particulière...
Ce matin-là, je circulais dans un flot ininterrompu de voitures lorsqu'un motard m'enjoint de m'arrêter sur le côté. J'obéis. Il me demande mes papiers. J'obéis. Ce qui me donne le droit de lui demander ce que j'ai fait de mal. L'explication est aussi claire que l'eau de roche : je parlais au portable. Je l'avais oublié, cette loi-là. Depuis le temps que... « Où vivez-vous ? s'indigne le représentant de l'ordre. Vous ne lisez pas les journaux ? » Je me garde bine de lui montrer le sticker « Presse » collé sur la vitre... Par contre, je proteste en lui désignant tous ceux et toutes celles qui circulent en ce lieu, le portable scotché à leur oreille. Avec une candeur qui n'avait rien d'empruntée, le flic me répond : « Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Que je les arrête tous ? » J'en ai déduit que ma tête ne lui revenait pas, que nous n'avions pas d'atomes crochus et que je faisais partie des « happy few » qui avaient la chance de se faire arrêter.
Là-dessus, il me rend mes papiers, dans un geste empreint d'une grande noblesse ! Ce qui me donne la candeur nécessaire (mais totalement empruntée dans mon cas !) de lui demander ce que je dois faire si quelqu'un s'avisait de m'appeler tandis que je conduis. « C'est très simple : vous vous garez de côté, vous arrêtez le moteur et vous parlez. »
Je continue ma route, mais voilà-t-il pas que mon interlocuteur, à qui j'avais fermé l'appareil au nez, me rappelle. Suivant les consignes qui m'ont été données, je gare, j'éteins et je réponds, lorsque je vois surgir, à nouveau, l'agent motorisé qui me dit : « Vous ne savez pas lire les panneaux, non plus ? Interdit de stationner ! »
Je me confonds en excuses et je repars. Et mon appareil se remet à sonner, je m'engouffre dans la première route de traverse afin de répondre. Pas d'interdiction de stationner. Je suis sauvé. Pas pour longtemps car « mon » agent (je dis « mon » étant prouvé qu'il ne s'intéressait qu'à moi !) me hurle dans les tympans : « Dégagez, vous ne voyez pas que vous gênez le trafic ? »
Ayant ainsi enfreint à tous les codes de la route, je m'estime heureux de n'avoir pas fini à Roumieh. Promis, juré, M. Baroud, je ne recommencerai plus. Et qu'on ne me dise pas que les agents de la circulation manquent de zèle au Liban ! J'en connais un qui mériterait d'être décoré !

Alain PLISSON
Conducteur depuis 1952
« Y a-t-il un pilote dans l'avion ? » C'est le titre d'un film.« Y a-t-il un conducteur dans la voiture ? » C'est la question que je me pose tous les jours en observant la façon dont mes compatriotes se comportent sur les routes du Metn ou d'ailleurs.« Y a urgence ! » Notre sympathique Ziyad Baroud l'a compris. Et pour illustrer mon propos, voici quelques exemples que j'ai pu observer de visu sur la manière dont beaucoup conçoivent le code de la route.1) Que dire de ce mastodonte ventripotent qui coïnce son malheureux rejeton entre sa panse et le volant, sous prétexte de lui apprendre à conduire, un dimanche à midi sur l'autoroute ? Au premier coup de frein, le mouflet a de sérieuses chances de se...
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