Le virus des divisions locales a, de tout temps, exposé le pays à l'assujettissement. Il a gémi longtemps sous la botte ottomane. Il a été soumis ensuite au régime des caïmacams despotes, sous protectorat de six puissances, puis à la moutassarafiya. Pour aboutir à la férule française. Et si la Grande-Bretagne n'avait pas voulu contrer Paris, les Libanais n'auraient pas pu remporter la bataille de l'indépendance. Mais ils ont trouvé moyen de se disputer même au sujet du pacte national. Un traité non écrit conçu et mis en place par les bons amis de Londres, tandis que les sympathisants de la France s'y opposaient. Ce qui a incité le célèbre journaliste Georges Naccache à lancer, dans L'Orient, sa fameuse formule : deux négations ne font pas une nation. Il reste que les souverainistes de l'époque semblaient avoir bien diagnostiqué le mal organique, et chronique, du Liban. En effet, ils avaient décrété en commun cette devise qui veut tout dire : ni Est ni Ouest. C'est-à-dire ni fusion avec la Syrie ni traité de protection avec la France. Mais ces bonnes résolutions n'ont dansé que trois petits étés, 44, 45, 46. Dès les élections truquées de 1947, et le conflit qu'elles ont suscité, les pulsions de recours à des soutiens extérieurs ont fait leur réapparition. Tandis que surgissait un thème collatéral qui allait devenir majeur, la contestation du régime politique établi, au titre que le président de la République disposait de pouvoirs trop étendus. Mais il a fallu attendre Taëf pour modifier cet état de choses, en inversant en fait la discrimination. La participation que les uns avaient fini par décrocher, ils en ont exclu les autres.
C'était cependant un moindre mal en regard de ce que le Liban a pu subir, pendant les interminables années de guerres intestines, toutes à connotation de guerres des autres sur le sol libanais, mais qui n'auraient pas eu lieu si les Libanais n'étaient pas profondément désunis. Le début, c'était l'irruption des Palestiniens armés, soutenus par une fraction locale. Et la fin, c'était l'occupant syrien qui s'appuyait sur une partie des Libanais. Sans omettre les deux invasions israéliennes et l'accord du 17 mai. Rejeté avec le concours actif et puissant de la Syrie, car le traité conditionnait le retrait israélien par le retrait syrien.
Un élément capital : à cause de l'anémie de son front intérieur, miné par les divisions, le Liban a toujours été victime de chantages éhontés de la part des uns ou des autres. Israël a squatté le Sud pendant 22 ans, refusant de le rendre au Liban sans traité de paix séparé. Les Palestiniens ont imposé la convention du Caire, par la menace d'une explosion généralisée qui s'est quand même produite, parce que même cet accord ils ne l'ont pas appliqué. Quant à la Syrie, ses exploits, innombrables, sont connus. Le dernier en date s'affichant en trois temps, trois mouvements : le 7 mai, Doha et le tiers de blocage.
Mais comme dit l'adage, avant de prier le voisin de vider sa poubelle, il faut nettoyer devant sa porte. Les Libanais ont certes le droit de se plaindre de ce qu'autrui leur a fait subir, mais ils ont, avant tout, le devoir de cesser de s'entre-déchirer. Car seule l'union est source de force et d'immunité.

