Trois « événements » politiques se sont donc déroulés hier : la rencontre Aoun-Hariri à Baabda, le discours du président de la Chambre Nabih Berry dans la banlieue sud à l'occasion de la commémoration de la disparition de l'imam Moussa Sadr et la réunion des députés de la majorité à Koraytem.
La rencontre Aoun-Hariri
Nul ne s'attendait réellement à ce que la réunion entre le Premier ministre désigné, Saad Hariri, et le chef du Bloc parlementaire du changement et de la réforme, Michel Aoun, ne débouche réellement sur une avancée substantielle au niveau de la formation du cabinet. D'autant que tout le monde s'accorde sur le fait que le blocage traduit avant tout une détérioration dans les rapports régionaux, qui se répercute à son tour sur la scène interne. La solution ne saurait être, dans cette logique, chez le chef du CPL. Quoi qu'il en soit, les deux hommes se sont en principe entendus sur la nécessité de poursuivre le dialogue loin des envolées médiatiques, même si, en soirée, la chaîne de télévision al-Manar a cité des sources proches du général Aoun selon lesquelles ce dernier déléguera son gendre Gebran Bassil pour poursuivre le contact avec Saad Hariri, mais qu'il est également prêt à se déplacer lui-même si cela est nécessaire. Le chef du CPL a également précisé, à l'issue de sa rencontre avec le Premier ministre désigné à Baabda, qu'il part à l'étranger pour quelques jours. Ce qui veut dire qu'il n'y aura rien de nouveau dans les prochains jours sur le plan de la formation du cabinet, dans la mesure où les réunions de suivi se feront entre émissaires respectifs des deux parties. Par ailleurs, même s'il y a eu un très relatif dégel dans les rapports entre les deux hommes, rien ne permet de dire qu'une percée quelconque ait réellement été effectuée, d'autant que le ton employé par les deux hommes à l'issue de la réunion tend à prouver qu'aucun obstacle réel n'a été surmonté. Selon des sources bien informées, Saad Hariri aurait mis l'accent durant la réunion sur le fait que la répartition des portefeuilles-clés est fixe et qu'il n'y a pas moyen de toucher au quota dévolu au président de la République.
La réunion de la majorité
De son côté, le leader d'Amal, Nabih Berry, a symboliquement respecté son « jeûne verbal » hier, en n'évoquant quasiment pas la question de la formation du cabinet, hors de sa « foi ferme dans la formule syro-saoudienne ». Et ce alors que tout le monde disait que le président de la Chambre allait prendre une position fracassante au cours de son meeting. Ce qui fait que le véritable événement d'hier était la première réunion des députés de la majorité depuis les élections législatives - en l'absence de Nagib Mikati et Ahmad Karamé, qui ont décidé de faire « bande à part » après avoir été élus sur les listes de la majorité, comme l'a rappelé hier le député Ahmad Fatfat. S'il s'agissait bien d'une réunion des députés de la majorité et non du 14 Mars, il reste que la présence de Walid Joumblatt et de son bloc - le fait que le communiqué final ait été lu par l'un des piliers de l'intifada de l'indépendance, Waël Bou Faour, est en ce sens très significatif - met un point final à la polémique sur son repositionnement : le Rassemblement démocratique n'est pas de retour au sein du 14 Mars techniquement parlant, mais il n'est pas sorti de la majorité.
Mais l'essentiel, c'est que la réunion d'hier prouve qu'il existe bel et bien une majorité de députés capables de se réunir - loin des supputations de Gebran Bassil et d'autres personnalités prosyriennes. Il s'agit ainsi, d'une certaine manière, de rendre un peu de leur éclat aux résultats des élections du 7 juin - dilapidés au cours des derniers mois à travers les méandres du processus politique -, de proclamer un soutien important au Premier ministre désigné dans sa tâche, de tendre de nouveau la main à partir d'une position de force sur le plan démocratique parlementaire, loin des hérésies constitutionnelles de l'opposition, tout en soutenant l'accord de Taëf, la Constitution et la quête de vérité et de justice à travers le TSL.
Il reste que, loin de tout développement en rapport avec le cabinet, toute l'attention sera dirigée mercredi sur le dixième appel des évêques maronites, qui sera, dit-on, aussi important, dans sa substance, que les appels précédents.

