Louable intention, mais nettement insuffisante, il y a tout lieu de le craindre. Dimanche, les Japonais ont accordé leurs voix à une équipe qui promettait un changement dont ils ont grandement besoin. Passé les premiers moments d'euphorie, il leur faut constater que les démocrates sont plutôt mal équipés pour mener à bien une telle mission. Dans un an ou deux, il est probable que la Chine se hissera au deuxième rang de l'économie mondiale, mettant ainsi fin à un règne sans partage de l'autre tigre asiatique qui aura duré des décennies. Et si Pékin a pu surmonter le handicap représenté par la formidable poussée de la natalité au demi-siècle passé, le Japon, lui, en est encore à rechercher la source de jouvence qui lui permettrait de venir à bout du déclin de sa population. Mieux que tous les discours, les chiffres sont là qui illustrent la brutale décélération démographique : de 127,6 millions habitants en 2006, on passera à 115 millions au seuil de 2 030 et à moins de 100 millions à la fin du siècle. L'équipe qui s'apprête à prendre les rênes a promis une aide de 26 000 yens (275 dollars) par mois et par enfant jusqu'au cycle complémentaire, ce qui représentera pour l'année fiscale 2013, date à laquelle cette loi entrera en vigueur, une ardoise de 179 milliards de dollars. À ce jour, c'est là l'une des rares parades à la déflation constatée ces derniers mois. Pour les mois prochains, un train de mesures sociales sera mis sur rails, portant sur les allocations familiales, l'aide aux chômeurs, une réduction des impôts pour les PME et même la gratuité des péages.
Passe encore si l'unique défaut des centristes était leur inexpérience. En plus, ils ont contre eux de n'avoir aucun programme cohérent à offrir à une classe laborieuse inquiète pour sa pension de retraite, son assurance-maladie, l'emploi de leur descendance, leur logement... Cinq décennies de stabilité n'ont pas pesé bien lourd à l'heure du big bang économique qui continue de secouer le monde. Le vote-sanction du 30 août a sonné le glas de tout un système né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, devenu obsolète aujourd'hui et, de plus, défendu par un Premier ministre hautement impopulaire. Il restera à lui trouver un substitut, ce qui nécessitera plus que des propos d'ordre général et des déclarations de bonnes intentions. Le PDJ ne peut ignorer que la débâcle de son adversaire est due principalement à son incapacité, après les années de vaches grasses, à répondre à une question toute simple en apparence : Et maintenant ? Signe qui ne trompe pas, hier, après un bond euphorique de 1,5 point, le Nikkei est revenu à la mi-journée à davantage de retenue, ce qui veut dire que l'opinion publique n'attend pas des miracles d'un parti qui est en définitive un amalgame de cinq groupes ayant des conceptions différentes sur les plans économique et politique, même si, sur ce dernier point, l'électeur japonais s'est montré plutôt apathique.
S'il devait se lever, le vent du changement soufflerait plutôt sur les rapports avec les États-Unis, jusque-là au beau fixe en dépit de quelques nuages passagers. On prête ainsi au Premier ministre appelé à être désigné par la nouvelle Chambre des députés l'intention de renégocier l'avenir de la base de Futenma, sur l'île d'Okinawa, et même de mettre fin à l'approvisionnement en carburant des navires de guerre US et alliés. Dans le même temps qu'il prendra ses distances avec l'Amérique - mais sans jamais aller trop loin sur cette voie -, le nouveau régime amorcera un début de rapprochement avec ses voisins. Comme le souligne, avec une subtilité toute asiatique, un nouvel élu, « nous devons reconsidérer certains aspects du programme d'action de l'État demeurés inchangés depuis cinquante ans ».
Pour suivre une ligne aussi sinueuse, les démocrates se sont dotés d'un leader qui est un ancien de la prestigieuse Stanford University et le petit-fils du cofondateur du Parti libéral. Pour « un changement dans la continuité », difficile de faire mieux.

