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Nos lecteurs ont la parole

Le cèdre et l’épée

Christian JEANBART
Aurait-on pu faire vivre ensemble diverses communautés sans l'effet catalytique de l'armée ? Le pari fondamental a été de mettre dans une même tranchée Ahmad, Antoine, Hassan, Gabriel, Ali et Charbel, et l'expérience a donné des résultats positifs puisque ce fait les a sensibilisés à ce qu'ils pouvaient réaliser en commun, y compris au niveau civil, et leur a ainsi permis de relever le défi.
Notre cher Liban est certes un petit pays, mais au vu de son histoire et des évolutions dans le monde, on est en droit de postuler qu'il est porteur d'un message allant bien au-delà de ses frontières naturelles en tant qu'État nation. Sa vocation en l'occurrence serait d'adresser un message de paix à son entourage et à la communauté internationale qui en a bien besoin pour trouver encore des îlots de coexistence intercommunautaire.
Cela dit, le message libanais n'implique pas pour autant une évidence de paix, et c'est bien là l'enjeu du défi. Dire que les fils du pays ne se sont jamais battus les uns contre les autres et une contrevérité, mais ignorer que leurs disputes étaient souvent exacerbées par des événements externes et qu'ils ont malgré tout réussi à se retrouver après chaque conflit est également une erreur.
Certes, les médiations - intéressées ou non - ont toujours eu leur poids, mais auraient-elles jamais abouti sans le socle qu'est l'armée et le rôle de noyau qui lui a été dévolu de plein gré par l'ensemble des communautés du pays ?
Par son unité, l'armée demeurait la contre-preuve de la théorie du morcellement et le contre-exemple des querelles intestines. Elle est arrivée ainsi à protéger l'édifice national de la fragmentation, le sauvegardant contre vents et marées, même aux pires moments de son histoire, quand les uns et les autres la voyaient à travers des idéologies contradictoires et essayaient de la forcer à s'y engager.
En remplissant sa mission de fédérateur, l'armée a souvent assumé ses responsabilités non seulement vis-à-vis de l'extérieur, mais à l'intérieur même du pays où elle a perdu bien des martyrs, partageant ainsi le devoir et le mérite avec les Forces de sécurité intérieure, sans se substituer à elles car la République fait aussi appel à son ministère de la Défense nationale pour assurer la sécurité de l'État nation contre toute menace de désintégration ou menace autodestructive. Pour ne citer que quelques-uns de nos martyrs, les Mohammad Zgheib1, les Walid Abou Chacra2 et les Joseph Younès3 ont donné l'exemple à ceux qui les ont suivis jusqu'à nos jours, comme les François el-Hajj4.
Ils ont tous consolidé les soudures intercommunautaires du pays du Cèdre que nous aimons tant, et nous n'arriverons jamais à leur rendre le juste tribut de leur sacrifice suprême.


Christian JEANBART

1- Le capitaine Mohammad Zgheib a été tué durant la bataille de Malkiyé contre l'armée israélienne le 16 mai 1948. L'unité d'avant-garde était commandée par le lieutenant François Genadry (aujourd'hui général retraité, 3 Croix de guerre) qui a pris d'assaut le village à découvert à l'issue de féroces combats qui se sont achevés à l'arme blanche.
2- Le lieutenant Walid Abou Chacra est mort lors d'un accrochage avec l'armée israélienne le 26 mais 1970.
3- Le commandant Joseph Younès a été tué le 26 novembre 1971 lorsque sa jeep a sauté sur une mine palestinienne dans le sud du pays.
4 - Le général François el-Hajj a été assassiné le 17 décembre 2007.

Aurait-on pu faire vivre ensemble diverses communautés sans l'effet catalytique de l'armée ? Le pari fondamental a été de mettre dans une même tranchée Ahmad, Antoine, Hassan, Gabriel, Ali et Charbel, et l'expérience a donné des résultats positifs puisque ce fait les a sensibilisés à ce qu'ils pouvaient réaliser en commun, y compris au niveau civil, et leur a ainsi permis de relever le défi.Notre cher Liban est certes un petit pays, mais au vu de son histoire et des évolutions dans le monde, on est en droit de postuler qu'il est porteur d'un message allant bien au-delà de ses frontières naturelles en tant qu'État nation. Sa vocation en l'occurrence serait d'adresser un message de paix à son entourage et...
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