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Liban - Vient De Paraître - « Vers Un Liban Harmonieux », D’Élie Maakaroun

Des mythes phéniciens à l’Exhortation apostolique : genèse et accomplissement

En librairie, un nouvel ouvrage, fruit patient de longs mois de réflexion et d'écriture. Élie Maakaroun, son auteur, n'est pas un nouveau venu. C'est l'un de ces écrivains libanais qui ont choisi le français pour s'exprimer et qui modestement, humblement, construisent une œuvre et la livrent, comme on sème du blé avant l'hiver, dans l'attente du printemps.

Avec des accents d'une rare pureté, l'essai, « Vers un Liban harmonieux » (Pierre Téqui éditeur), parle du Liban aux Libanais. Enjambant les siècles, et grâce à une incomparable érudition, Élie Maakaroun relie l'Exhortation apostolique de Jean-Paul II (1997) à des éléments de la mythologie phénicienne, par des voies insoupçonnées et nouvelles. Inversement, peut-on dire, il découvre des semences de cette exhortation « Une espérance pour le Liban », dans les mythes d'Adonis et Astarté ou de Cadmos et Harmonie, et conduit patiemment ces récits légendaires et les valeurs qu'elles convoient - croyance en l'immortalité de l'âme, exaltation de l'amour, accueil, générosité, pardon, mesure - à leur conclusion évangélique, en les tirant, pour ainsi dire, vers le haut, en vertu d'une « plasticité » qui, dit-il, « est l'une des principales caractéristiques de l'élaboration et de l'interprétation des mythes ».
Né de la guerre et de la déchéance morale où s'enfonçait le peuple libanais, l'Exhortation apostolique a été écrite comme en contrepoint, pour raviver et consolider la foi des catholiques du Liban, les aider à discerner les façons chrétiennes d'agir et, enfin, les guider, avec les autres composantes chrétiennes et musulmanes du peuple libanais, à un avenir commun dans une patrie réconciliée.
La conviction d'Élie Maakaroun, une conviction inébranlable, humble et entêtée comme l'espérance de Charles Péguy, c'est que le Liban a pour mission de « construire une cité harmonieuse particulière qui soit une des plus belles, une des plus désirables et des plus efficaces préfigurations de la cité harmonieuse universelle ».
Dans un langage et un style très personnels, utilisant l'artifice littéraire - un peu surprenant - de la prosopopée, l'auteur s'efforce de rapporter ce que l'esprit lui a soufflé, et qu'il place de façon allégorique, dans la bouche de la Terre maternelle, de la Psyché et de l'Espérance libanaises.
« Dans la religion antique de mon peuple, écrit Élie Maakaroun, il y avait beaucoup de croyances et de pratiques rituelles qui choquent notre conscience morale contemporaine, comme elles révoltaient déjà les prophètes hébreux ; son adoration des multiples dieux, ses sacrifices humaines propitiatoires et ses bacchanales de la fécondité... Mais à sa décharge, il convient de rappeler qu'il a vite abandonné l'idolâtrie polythéiste quand la grâce de la révélation monothéiste lui a été accordée (...) sans faire grande violence à la culture dans laquelle il vivait, mon peuple n'a pas tardé à adhérer à cette certitude commune aux trois religions monothéistes qu'il n'y a qu'un seul Dieu et qu'il est infiniment plein de miséricorde pour tous les hommes : au judaïsme affirmant qu'il essuiera les armes de tous les visages (Isaïe 25,8) ; au christianisme attestant qu'il est Amour (1 Jean, 4 :10) pour toute la création ; à l'islam proclamant que pour tous les vivants, il est le plus miséricordieux de ceux qui font miséricorde (Sourate XII, Joseph, 92). »
Le livre est exigeant. Il appelle à je ne sais quelle ascèse, quel souffle, quelle victoire sur des réticences formelles. Mais « Vers un Liban harmonieux » est aussi un livre gratifiant, heureux, vigoureux, salutaire. Il n'a rien d'idéologique et il est aux antipodes de la thèse historique ou de l'exaltation dionysiaque de la patrie. Son auteur se défend en particulier de chercher à surévaluer l'importance des mythes phéniciens « pour détacher les liens historiques et structurels du Liban avec le monde arabe ». Il réaffirme, à la suite de l'Exhortation apostolique, que le Liban « est partie intégrante du monde arabe dont, depuis plus de trois siècles, il anime la vie culturelle et dont, en particulier, il a préparé et épanoui la Renaissance, tout le long des deux derniers siècles ».
Nous sommes en présence d'un essai longtemps mûri, d'une œuvre très claire, pour ainsi dire classique, d'un itinéraire personnel marqué d'émouvants passages autobiographiques. Comme il convient à un véritable poète, Élie Maakaroun a mis toute son âme dans son ouvrage. Voilà en effet quelqu'un qui a lu l'Exhortation apostolique phrase par phrase, pondérant dans son cœur la masse de chaque mot et qui ose écrire pour ceux qui sont loin : « Que ce ne soit pas la seule nostalgie qui t'incite à revenir vers la Terre maternelle libanaise ! Que ce soit surtout moi, l'Espérance, qui le fasse. Elle n'est qu'un sentiment, alors que moi, je suis une vertu. »
Né à Rayak (Békaa), Élie Maakaroun, professeur agrégé de lettres modernes, a publié des recueils de poèmes, un essai et des études littéraires et cinématographiques, principalement consacrés aux rapports entre la création artistique et la foi chrétienne. Sa femme, Samia, et lui-même partagent leur temps entre le Liban et Eaubonne (Val-d'Oise).
En librairie, un nouvel ouvrage, fruit patient de longs mois de réflexion et d'écriture. Élie Maakaroun, son auteur, n'est pas un nouveau venu. C'est l'un de ces écrivains libanais qui ont choisi le français pour s'exprimer et qui modestement, humblement, construisent une œuvre et la livrent, comme on sème du blé avant l'hiver, dans l'attente du printemps. Avec des accents d'une rare pureté, l'essai, « Vers un Liban harmonieux » (Pierre Téqui éditeur), parle du Liban aux Libanais. Enjambant les siècles, et grâce à une incomparable érudition, Élie Maakaroun relie l'Exhortation apostolique de Jean-Paul II (1997) à des éléments de la mythologie phénicienne, par des voies...
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