Vous avez compris que ma relation avec Dieu sort des sentiers battus pour être un contact permanent entre Lui et moi et une reconnaissance infinie pour Ses bontés. Je n'ose pas dire que je personnifie Dieu de peur de choquer le lecteur et particulièrement les gens de religion. Si la foi est de croire sans voir, sans entendre, sans toucher, j'ai transcendé cette foi et n'ai plus de mérite de l'avoir.
Il est évident que je commets des péchés, mais c'est parce que je suis homme après tout, continuellement soumis à la tentation à laquelle souvent je succombe. Je le confesse. Mais s'il n'est pas moins évident que c'est l'intention qui prime à la fin, je n'ai jamais eu l'intention de l'offenser. Le jeûne est l'occasion annuelle qui est donnée à tout être humain de dire à Dieu son acte de contrition. Une période de temps, quel que soit le nom qu'on lui donne - ramadan, carême ou autre -, de se réconcilier avec Dieu en invoquant Sa clémence infinie.
Le ramadan est un mois sacré pour le musulman et qui constitue un des cinq pilliers de l'islam sur lesquels repose le Coran. Ce mois que Dieu a réservé à lui-même, selon la doctrine musulmane, imposant le jeûne à tout musulman capable de le faire. Et Dieu d'ajouter : « Et moi je récompenserai celui que je veux à la suite de ce jeûne. » Puisque Dieu me comble de ses bienfaits, je fais le ramadan sans chercher à bénéficier d'une récompense ou sans même demander à Dieu la rémission de mes péchés. Je le fais gratuitement pour Sa gloire et Sa satisfaction. Je le fais bien sûr en bon musulman qui satisfait un des pilliers de l'islam, mais pas seulement par obligation. Je le fais pour me rapprocher des pauvres, tous les pauvres de toutes les religions, par solidarité avec eux, mais, en jeûnant, je me sens comme abandonné complètement entre les mains de Dieu, incapable - parce que faible ? - de commettre un acte répréhensible qui risque d'altérer cette amitié qui me lie à Dieu, sachant pertinemment qu'aucun acte même répréhensible ne pourra jamais altérer ce lien parce que Dieu est infiniment clément, infiniment miséricordieux et moi je ne suis qu'un simple mortel faible devant la tentation, faible devant le péché. Et le jeûne me donne justement la force de m'opposer à cette tentation.
Le pape Benoît XVI, dans son message pour le carême 2009, parle du jeûne « comme thérapie efficace pour se rapprocher de l'amour de Dieu et du prochain » et les saintes Écritures, ajoute le pape, « enseignent que le jeûne est d'un grand secours pour éviter le péché (...), un moyen pour renouer notre amitié avec le Seigneur ». Et le Saint-Père de souligner que « le jeûne cultive l'écoute de la parole de Dieu, la prière et l'aumône ». Carême et ramadan, une même voie spirituelle. Et puis il est réconfortant pour moi que le vicaire du Christ parle d'amitié avec le Seigneur.
Le ramadan n'est pas seulement une abstinence - s'interdire de manger et de boire depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher - en attendant impatiemment l'heure de se satisfaire d'une façon gourmande de la nourriture terrestre. Il aide à la méditation et rapproche l'homme de son Créateur. Ce n'est pas par hasard si le grand Jean-Paul II a recommandé aux chrétiens de jeûner le dernier jour du ramadan en solidarité avec leurs frères musulmans dans une communion œcuménique merveilleuse, en déclarant que lui-même, vicaire du Christ, jeûnera ce dernier jour. Ce n'est pas par hasard si les pères jésuites, le jour de l'iftar annuel qu'ils donnent depuis plus de quarante ans - avant Vatican II et avant Jean-Paul II - dans cet esprit de dialogue permanent entre l'islam et le christianisme, si les pères jésuites défenseurs de la doctrine chrétienne jeûnent ce jour-là avec nous, en solidarité avec nous. Comme les musulmans ont fait leur la fête de l'Annonciation en marquant la place prééminente que Marie tient dans l'islam par une manifestation islamo-chrétienne le 25 mars de chaque année, il serait merveilleux que les chrétiens du Liban - habitués à être à l'avant-garde de telles manifestations - en fassent leur le dernier jour du ramadan, comme l'a souhaité Jean-Paul II.
Le ramadan nous permet de nous rapprocher de Dieu et de revenir à la maison du Père, comme le fit le Fils prodigue. Et Dieu sera toujours là, venant même au-devant de nous pour nous accueillir et nous embrasser comme il le fera le jour où nous quitterons cette terre lorsque nous nous présenterons devant Lui, à l'heure de notre mort, avec nos péchés pleins les bras. Mais Lui, clément et miséricordieux, nous serrera contre Lui et nous invitera à entrer dans Sa demeure, car je n'ai pas de doute qu'Il nous pardonnera tous nos péchés et « une joyeuse fête commencera », comme dit la parabole.

