Les cases sont nombreuses pour cet artiste qui n'aime pas être enfermé dans une seule, ou dans un rôle, ou dans un titre qui le limiteraient à une fonction. Il se donne le choix...
Avec sa tête qui ne s'oublie pas, un regard qui interpelle, amuse, s'amuse, une natte fine qui lui donne des airs d'étrange samouraï, une barbe bleue des mauvais jours, tantôt gangster, tantôt baba cool, Bshara Atallah trouve toujours, pour l'occasion ou le rôle, la tenue adéquate.
Car le jeune homme, que l'on a pu voir dans des films, souvenez-vous de Bosta, dans des pièces de théâtre ou des spectacles de danse contemporaine, au Liban et ailleurs, voue, dans les coulisses des planches, une passion affichée pour les costumes de scène ou de ville. Loin de lui l'idée de « se cacher dans ses habits », comme le dit le proverbe libanais. C'est dans ce qui devient un véritable espace qu'il s'exprime le mieux et avec un bonheur évident. « J'ai toujours été un fou des habits vintage, avoue-t-il, toujours adoré m'habiller dans un style hippy. » À l'AUB où il suivait des cours... d'administration publique, les étudiants se souviennent, sans le connaître, de cet énergumène qui venait souvent les pieds nus, sapé d'une drôle de manière. C'est pieds nus qu'il s'échappera vers la danse et le théâtre.
Costumes sur démesure
Sa mère, qui voulait un jour vider ses placards de toutes ces « vieilleries », lui tend, sait-on jamais, des robes qu'elles portaient autrefois. Une veste en cuir noire, un costume blanc qui appartenaient à son père et qui sont « devenus démodés ». Ainsi débute une collection amassée pendant 10 ans et dont il connaît chaque pièce, chaque histoire. Dont il a retenu chaque parfum et nostalgie. Des puces libanaises et européennes, il ramène, quand il le peut, des pièces uniques qu'il suspend auprès de celles qui comblent la pièce principale de sa maison. Aujourd'hui, Bshara Atallah est recherché pour sa formidable collection d'habits et son savoir-faire dans le domaine du stylisme. Théâtre, clips musicaux, publicités, cinéma, étudiants à l'AUB, il offre à chaque rôle le meilleur accoutrement, qu'il puise chez lui, qu'il fait faire ou qu'il trouve. Olivier Assayas, qui vient de terminer la partie libanaise du tournage de son dernier film Illitch, histoire de Carlos, a également eu recours à lui.
« Ce n'est pas un dépôt, pas un métier, précise-t-il, mais un plaisir, une passion qui n'est même pas rentable ! Je n'ai pas envie de m'agrandir, d'abord il faut de grands moyens, et puis j'ai envie de garder ce côté maison, ce rapport personnalisé, physique, que j'ai avec chaque vêtement. » Car c'est chez lui, également très années vintage, où flotte une ambiance zen, que Bshara cache précieusement et montre avec bonheur ses trésors. Des lunettes, des ceintures, des chapeaux, des costumes, chemises, certaines de grandes marques, des cravates, des robes, des manteaux. Toutes ces années très design, dont s'inspirent encore aujourd'hui les créateurs, sont suspendues dans cette salle devenue trop étroite. Envie d'une soirée à thème, besoin d'un costume blanc des années 70, une robe de mariée inhabituelle, le costumier loue ses pièces avec une seule contrainte : les rendre comme elles ont été empruntées, à savoir propres et en bon état. Et lorsque, par mégarde, un vêtement se perd, « j'en suis outré et triste. Ces tenues n'ont pas prix...»
L'artiste illimité, comme l'avait indiqué sa carte de visite, a confirmé qu'il l'était également dans son esprit. « Je souhaite que le Liban sache donner à l'art, cinéma, théâtre, danse, et à l'artiste, la place légitime et les rôles qu'ils méritent, » conclut-il, en suspendant une de ces pièces uniques qui donnent envie de les porter en souriant.

