Benjamin Netanyahu a la générosité plutôt parcimonieuse, surtout lorsque les bénéficiaires de ses largesses sont les Palestiniens. Un État ? Fort bien, avait-il concédé, négocions alors, mais sans aucune condition préalable - un postulat valable uniquement dans un sens. Parce que, en ce qui le concerne à lui, son éventuel interlocuteur devra commencer par reconnaître la judéité de l'État hébreu, accepter d'avoir tout au plus un semblant de forces de l'ordre mais certainement pas une armée et encore moins un quelconque contrôle de son espace aérien. De plus, pas question de céder le moindre pouce de Jérusalem, « capitale éternelle », ni surtout d'accepter un gel des implantations. Moyennant quoi, les Arabes pourraient jouir du droit de bouger le petit doigt de la couture du pantalon. Rompez !... Il reste que, malgré les coups de poing sur la table et les jolis mouvements de menton de certains de ses lieutenants, un sérieux coup de frein a permis de stopper, dès mars dernier, la multiplication des points de peuplement, effet indéniable de la montée des pressions US.
Benjamin Netanyahu est un habile manœuvrier. Voyez comment ses partenaires au sein de la coalition serrent les rangs autour de son auguste personne et ne daignent même pas faire semblant de prêter l'oreille aux appels des sirènes de l'opposition. À peine le Premier ministre a-t-il dit « blanc » que l'un de ses lieutenants, sans s'attirer le moindre démenti, rectifie : « Non, c'est noir. » Et on en reste là jusqu'à la suivante, laquelle, on peut en être certain, ne sera pas la dernière. La cacophonie savamment entretenue est destinée, analysent les stratèges, à semer le trouble dans l'esprit de ceux qui prétendent déterminer les choix de Tel-Aviv. Et puis avouons qu'ils ne sont pas nombreux dans la salle, ceux qui seraient prêts à courir le risque d'un nouveau face-à-face avec l'électorat.
Cela dit, l'homme sait être profondément démocrate. Il vient de faire voter par la Knesset une loi autorisant tout groupe de sept députés ou plus à se constituer en nouveau bloc parlementaire. Bien entendu, de méchantes langues auront tôt fait de prétendre que ledit texte constituait un encouragement à sept membres de Kadima à faire sécession et, dans un second temps, à se rallier à son panache blanc. Réponse de l'intéressé : « Sachez que, à ma place, Tzipi Livni en aurait fait autant. » Ce qui n'est pas tout à fait faux, reconnaissons-le.
En partance, hier, pour deux capitales européennes, Londres et Berlin, le Premier ministre emportait dans sa besace un judicieux cocktail de ces quatre atouts qui ont fait à ce jour sa fortune. « The Happy Juggler » (le joyeux jongleur), titrait fort joliment, l'autre jour, le très sérieux The Economist dans son analyse des conséquences possibles de ce minipériple. Plutôt que de jouer en contre, « Bibi » a choisi de botter en touche, faisant savoir le week-end dernier que, face aux arguments de ses interlocuteurs, il allait insister sur la gravité du problème nucléaire iranien et la nécessité de lui trouver une solution valable. Habile, très habile. Il faut espérer toutefois qu'une telle « urgence » n'occultera pas celle d'un règlement du problème proche-oriental. Il y a quarante-huit heures à peine, Lieberman notait que les deux parties n'avaient pu, tout au long des seize années ayant suivi la signature des accords d'Oslo, se mettre d'accord sur une formule d'entente ; il leur était difficile, voire impossible, de le faire dans les seize années à venir, ce qui nous mène à la fin du premier quart du siècle présent. Cité par le Jerusalem Post, le fondateur du parti Israel Beiteinou et bien curieux diplomate en chef concluait son constat par cette phrase lapidaire : « Ceux qui prétendent que la formule des deux États mettra fin au conflit ne savent pas de quoi ils parlent, à moins qu'ils ne tentent d'induire le monde en erreur. » C'est plutôt lui qui se trompe : d'un sondage effectué par le Centre Tami Steinmetz de l'Université de Tel-Aviv, il ressort que deux Israéliens sur trois sont convaincus que la seule voie de salut réside bel et bien dans l'existence de deux pays vivant côte à côte. Si, après les efforts entrepris par Barack Obama et Nicolas Sarkozy, Gordon Brown et Angela Markel ne parviennent pas à convaincre leur visiteur de cette évidence, c'est qu'il faudra bien alors attendre 2025 pour entrevoir l'amorce d'une solution.

