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Nos lecteurs ont la parole

Le vrai pouvoir au Liban

Par Dany EL-KHOURY
À voir sayyed Hassan Nasrallah susciter autant d'intérêt à chacune de ses apparitions de la part de toutes les factions, pour ne pas dire tribus libanaises, d'aucuns pourraient légitimement s'interroger sur le statut exact de cet homme de religion et sur ses relations avec le triumvirat institutionnel libanais. Cette question est encore plus pertinente, aujourd'hui lorsque l'on sait que la seule fonction (apparente) du sayyed est d'être à la tête d'une organisation armée ainsi que d'un parti politique agissant au nom d'un Dieu dont les préceptes semblent assez peu recommandables. Car rien ne ressemble plus à ses prestations télévisées que les allocutions d'un président ou d'un Premier ministre que ses concitoyens auraient investi du pouvoir suprême : celui de décider du sort à réserver à la nation, à ses fils et à ses ennemis.
C'est bien de cela qu'il s'agit dans les faits, bien que le peuple libanais n'ait jamais consenti, en son entier, à la chose. Quoi de plus important en effet que de décider des châtiments à infliger, des alliances à nouer, des guerres à mener et des conditions d'une paix tant espérée et attendue. Malgré tout, nul ne saurait ignorer cette réalité, aussi illégitime qu'elle soit, sans s'exposer à l'ire de tout esprit bien constitué. En résumé, qu'a donc dit le président officieux de tous les citoyens libanais, plus ou moins inégaux en droits, lors des commémorations de la fin de la guerre menée par Israël en juillet 2006 ? Ne vous laissez pas berner par les diatribes de notre ennemi, la guerre de l'an trois n'aura pas lieu, en tout cas pas avant la fin de la saison estivale ! Serrez les rangs (derrière moi), nous sommes plus forts que jamais. Cela fait froid dans le dos, un dos aux contusions et fractures multiples tant la mule libanaise a déjà été chargée de conflits meurtriers dans le passé. Dès lors, après Louis XIV, le sayyed pourrait sans conteste aucun s'enorgueillir de dire : l'État, c'est moi. Le vrai pouvoir est là et bien là et non sans raisons car, avant cela, d'État, il n'y en avait pas, ou si peu, de sorte que, le vide ne pouvant perdurer, il fallut le combler frénétiquement et par n'importe quel moyen. Tant et si bien que ceux qui n'ont pas su ou pas pu prendre le pouvoir présidentiel auquel ils aspiraient sans retenue, furent irrésistiblement attirés par ce pouvoir extra-étatique, mais tout aussi réel, en signant une alliance contre nature et un simili mémorandum à notre grand dam. Était-ce par ambition et par esprit de survie ? Sans nul doute. Était-ce dans l'intérêt général ? Nul ne sait ce qu'il serait advenu dans le cas d'une prise de position inverse, plus patriotique et libre. Peut-être les agressions de juillet 2006 et de mai 2008 auraient-elles pu être évitées ? Il serait toutefois malhonnête de feindre que rien de pire n'aurait pu survenir.
Devant ce constat, nier le pouvoir de fait exercé par le sayyed et ses compagnons au Liban serait éminemment contre-productif, si ce n'est néfaste, puisque aucune paix ne saurait être faite sans en tenir compte. Par conséquent, ceux qui plaident contre l'inclusion de représentants du parti de Dieu dans le gouvernement libanais ne sauraient sérieusement prétendre être pour une paix juste, globale et définitive, respectueuse du droit inaliénable des peuples palestiniens et libanais à vivre en sécurité sur leurs territoires respectifs. L'ingérence malvenue et déplacée d'Israël en ce domaine démontre, pour ceux qui en douteraient encore, que cet État guerrier n'a aucune intention véritable de parvenir à une telle paix tant que le conflit lui permettra de continuer à s'étendre en établissant de nouvelles colonies ou en pérennisant les colonies existantes. Il ne nous reste donc plus, tels des esclaves et à l'instar de nos hommes politiques les plus avertis, qu'à remettre notre sort entre les mains de notre maître de l'intérieur et de ceux de l'extérieur et compter exclusivement sur eux pour défendre notre patrie et l'idée que nous nous en faisons, celle d'une terre de liberté et de modernité, de diversité et de dialogue, de solidarité interne et de neutralité externe, de défense des plus démunis et de combat des injustices. À défaut, il faudra l'abandonner et la fuir ou bien se battre, s'il le faut par le biais du seul langage que nos ennemis et opposants comprennent, celui du martyre, pour défendre notre slogan : le Liban - ou ce qu'il en reste - d'abord. Espérons que notre cause ne soit plus jamais à ce prix-là.
Que de banalités, me direz-vous. Il n'en reste pas moins que même si toutes ces choses vont sans dire, cela va mieux en les disant en face. Advienne que pourra, et en premier lieu un gouvernement d'une union sincère et non belliqueuse. Les Libanais à qui l'on a dit, il n'y a pas si longtemps, « allez voter, l'avenir du pays en dépend », le valent bien, y compris ceux de l'étranger qui le firent à leurs propres frais.
Ils méritent d'être mentionnés au même titre que les autres. C'est chose faite maintenant.
À voir sayyed Hassan Nasrallah susciter autant d'intérêt à chacune de ses apparitions de la part de toutes les factions, pour ne pas dire tribus libanaises, d'aucuns pourraient légitimement s'interroger sur le statut exact de cet homme de religion et sur ses relations avec le triumvirat institutionnel libanais. Cette question est encore plus pertinente, aujourd'hui lorsque l'on sait que la seule fonction (apparente) du sayyed est d'être à la tête d'une organisation armée ainsi que d'un parti politique agissant au nom d'un Dieu dont les préceptes semblent assez peu recommandables. Car rien ne ressemble plus à ses prestations télévisées que les allocutions d'un président ou d'un Premier ministre que ses concitoyens auraient investi du...
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