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Moyen Orient et Monde - Le Point

Voter à Kaboul

Tout journaliste qui évoquerait le spectre de la violence sera expulsé, a décidé hier le gouvernement afghan à vingt-quatre heures des élections qui permettront aux quelque 17 millions de personnes, dont plus de 4 millions de femmes, inscrites de désigner un nouveau chef de l'État ainsi que 420 représentants des 34 provinces. La décision des autorités est motivée par le fait qu'une allusion aux assassinats, explosions de véhicules piégés et autres vétilles aurait pour effet d'encourager l'abstention. Louable intention, qui confirme l'ardent désir des autorités d'organiser un scrutin idéal - on est prié de ne pas sourire - dans un pays miné par la corruption, la gabegie, le népotisme et la violence. Tout cela n'empêche pas le candide Richard Holbrooke, principal émissaire US dans la région, d'affirmer, la main sur le cœur : « Nous allons être témoins d'une expérience remarquable en matière de démocratie, un moment qui donnera à l'Afghanistan l'occasion de briller. »
En attendant un tel éclat censé aveugler le monde - petite précision qui a son importance : les premiers résultats du scrutin commenceront d'être connus le 3 septembre - l'envoyé spécial de la BBC s'est livré à une expérience concluante : il a chargé un autochtone de se porter acquéreur de cartes de vote. Pour se voir proposer illico un millier d'exemplaires d'une authenticité garantie, pour la modique somme de 10 dollars/pièce. Un chef de tribu n'a pas pu résister au plaisir de faire monter les enchères entre les deux principaux candidats, le président sortant Hamid Karzaï et le Dr Abdullah Abdullah, ancien ministre des Affaires étrangères. Il raconte : « Quand l'un me proposait 10 000 dollars, l'autre m'offrait 20 000 et un troisième doublait la mise. J'ignore la provenance de cet argent, mais tout cela est devenu un business très lucratif. » Les Américains auraient-ils imaginé un tel substitut à l'argent de l'opium ?...
La corruption, affirme aujourd'hui Ashraf Ghani, ancien ministre des Finances, est devenue un véritable cancer qui ronge la société, une évidence que le chef de l'État a admis dimanche, lors d'un débat public, tout en se gardant de proposer un quelconque remède. L'an dernier, Transparency International classait l'Afghanistan au 176e rang sur un total de 180 pays atteints par ce mal endémique. Aujourd'hui, un Afghan sur quatre affirme faire confiance à ses dirigeants, quels qu'ils soient, en dépit des efforts entrepris pour donner au pouvoir un semblant de crédibilité. Il y a quelques jours, un fidèle de Karzaï a ainsi écopé d'une amende de 1 400 dollars, un cas unique, pour s'être servi d'un hélicoptère officiel dans ses déplacements électoraux. En regard, les cas sont innombrables de candidats ayant reçu des encouragements sonnants et trébuchants pour se retirer au profit de l'actuel président. Hajj Gholam Mohammad Riji aurait reçu une offre de 200 000 dollars, qu'il dit avoir refusée, faisant savoir qu'il n'était pas « à vendre », a-t-il fait savoir devant les représentants de la presse, drapé dans sa dignité outragée.
L'État prétend sévir contre les dérives : à la veille du 20 août, il a ordonné la fermeture de 440 bureaux de vote de crainte, a-t-il laissé entendre, de fraudes sur une large échelle, quand il en faisait ouvrir des dizaines d'autres dans les provinces de Paktika, Kandahar, Helmand, Khost, Paktia et Zaboul où les villes sont considérées comme « sûres ». Il y a aussi la violence qui a franchi un nouveau palier à l'approche du jour J. Au cours des six derniers mois, le nombre de victimes civiles s'est accru de 24 pour cent par rapport à la même période de l'an dernier. Les troupes américaines et celles de l'OTAN ont perdu pour le seul mois de juillet 75 hommes. Ces temps-ci, les talibans se montrent particulièrement agressifs, avec une série d'attaques-suicide en début de semaine et même un assaut aux roquettes contre le palais présidentiel où des obus sont tombés sur la pelouse. Mercredi matin, c'était au tour d'une banque, en plein cœur de Kaboul, d'être occupée, un court instant, par les insurgés. Le but est d'empêcher les électeurs d'accomplir leur devoir, une gageure que les étudiants en théologie semblent sur le point de réussir. Par dizaines, les échoppes du centre-ville, mais aussi celles de Khost, finissaient en ce milieu de semaine de baisser leurs rideaux. Jeudi, ont fait savoir les anciens maîtres du pays, nous allons nous en prendre aux bureaux de vote et à tous ceux qui oseront s'y présenter parce que cette consultation est une entreprise de croisés.
Autant pour l'optimisme de ce brave Richard Holbrooke.
Tout journaliste qui évoquerait le spectre de la violence sera expulsé, a décidé hier le gouvernement afghan à vingt-quatre heures des élections qui permettront aux quelque 17 millions de personnes, dont plus de 4 millions de femmes, inscrites de désigner un nouveau chef de l'État ainsi que 420 représentants des 34 provinces. La décision des autorités est motivée par le fait qu'une allusion aux assassinats, explosions de véhicules piégés et autres vétilles aurait pour effet d'encourager l'abstention. Louable intention, qui confirme l'ardent désir des autorités d'organiser un scrutin idéal - on est prié de ne pas sourire - dans un pays miné par la corruption, la gabegie, le népotisme et...
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