Tu te rappelles ce jour de mai où je t'avais envoyé un e-mail de révolte concernant la situation dans laquelle je vis dans ce pays ?
Tu te rappelles les doutes qui m'assaillaient concernant mon avenir au pays du Cèdre ?
Eh bien, plus le temps passe, plus les expériences s'accumulent, et plus je me retrouve déçu. Je ne sais même pas pourquoi je reste ici. Je me demande parfois si ça vaut la peine ! On a beau aimer ce pays, le chérir, croire en lui ou même espérer des jours meilleurs, plus le temps passe, et plus je perds cet espoir que l'on a tous touché un jour ou l'autre de près ou de loin.
On dirait que les gens dans ce pays souffrent d'un dédoublement de personnalité permanent - le chaud et le froid, la modernité et les traditions, le sécularisme et l'ancrage religieux...
Tout se mêle et s'entremêle pour se perdre dans un labyrinthe sans fin, sans queue ni tête. En parlant de tête, je perds la mienne. Je ne sais plus où regarder, où me poser ou même où aller. Je commence à croire que vraiment je n'ai rien à faire ici. À penser qu'avec la prochaine fille que je vais rencontrer, notre discussion se passera ainsi :
- Salut, moi c'est S. F. et toi ?
- Moi c'est X (prénom dit chrétien).
Et là je rétorquerais le plus simplement du monde : « Je suis libanais, sans religion fixe, je butine çà et là des dogmes qui me vont. Mais originellement, je suis considéré comme musulman. Ça te dérange ? Dis-le-moi tout de suite, comme ça on évite les maux de tête dès maintenant. On évite aussi les balivernes des gens et les quolibets, et surtout, on reste amis.
Qu'est ce que t'en penses ? »
Comme tu le vois mon ami, c'est compliqué. Peut-être trop compliqué pour moi. Il y a des variantes que je ne vois pas ou que peut-être je n'ai pas envie de voir.
Peut-être parce que je crois en l'homme, en la personne, en ce qu'elle est et non pas en son histoire, ses origines, sa religion.
J'en suis arrivé à la conclusion que dans ce pays, dis-moi quelle est ta religion, je te dirais qui tu es. C'est terrible !
En tout, l'espoir s'amenuise, le dégoût grandit, le climat général me pèse...
J'en ai marre !
À bientôt l'ami.


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