Ils étaient 700 au départ, mais par un prompt renfort, ils furent 1 250 puis 2 355 en arrivant au port - pardon à Bethléem -, la majeure partie d'entre eux ayant été sélectionnée par Mahmoud Abbas et son état-major. Cette jeune garde, comme on s'est plu à la qualifier, est composée de quadras (des quinquas pour certains) venus de la rive occidentale du Jourdain, ce qui s'explique par le fait que les maîtres de Gaza avaient interdit toute sortie de la bande si les centaines de détenus dans les geôles de l'Autorité palestinienne n'étaient pas remis en liberté. Quant aux anciens, notamment Farouk Kaddoumi et Hani el-Hassan, non seulement ils n'ont pas pris la peine d'assister aux réunions, mais ils se sont aussi dépêchés d'en remettre en cause la légitimité, Aboul Lotf allant même jusqu'à accuser Abbas et Mohammad Dahlan d'avoir comploté avec les Israéliens pour empoisonner Abou Ammar. Ambiance... Certes, les observateurs n'ont pas manqué de relever quelques craquèlements dans une façade qui se voulait uniforme comme lorsque l'on constata, au moment de la proclamation des résultats, que Tayeb Abdel Rahim avait été recalé. Pareille fausse note faisant plutôt désordre - après tout, il s'agissait du principal lieutenant du président -, on ordonna un nouveau décompte des voix qui permit de rectifier l'erreur. Pour un peu, on se serait cru en Floride, en l'an 2000.
Vétilles que tout cela. Aujourd'hui, le vieux dicton arabe voulant que « le kohol vaut mieux que la cécité », tout le monde ou presque fait semblant de croire qu'un réel coup de balai a été donné qui va permettre d'y voir plus clair. L'une des multiples preuves en est l'échec d'Ahmad Qoreï, qui crie à la triche après avoir été largué, lui l'ex-Premier ministre et figure de proue du mouvement. Mais pour son malheur, il se trouve que sa famille possède une cimenterie qui fournit à l'État hébreu le matériau pour édifier le fameux mur de la honte. Difficile aussi de faire passer Jibril Rajoub, ancien patron des services de sécurité en Cisjordanie, pour une terreur des Américains quand, jusqu'à une date récente, trônait sur son bureau le portrait de George Tenet, directeur à l'époque de la Central Intelligence Agency. On pourrait allonger la liste en citant tous ceux dont les noms sont liés à la corruption et au népotisme, deux des maux dont souffre l'organisation. Ou encore, tel Dahlan, qui ont piteusement échoué lors de la bataille de Gaza. On le voit, tout n'est pas irréprochable, il s'en faut, dans l'opération entreprise en ce torride mois d'août pour remettre en selle le Fateh en prévision des élections prévues en janvier, qui devraient, a-t-on prévu à Washington, voir la déroute du Mouvement de la résistance islamique. Dans ce scénario, au départ trop bien léché pour paraître plausible, deux imprévus ont surgi : la victoire écrasante d'hommes « propres » comme Marwan Barghouti, le maire de Naplouse Mahmoud el-Aloul et Ziad Aboul-Aïn ; l'émergence à Gaza d'un groupuscule salafiste, les Jund Ansar Allah, maté (provisoirement ?) mais dont, paradoxalement, la présence fait le jeu des hommes de Khaled Mechaal. Le premier, condamné à vie en Israël, paraît seul capable de réunifier les rangs palestiniens pour peu que s'accroissent les pressions US en vue d'obtenir sa libération dans le cadre d'un échange de prisonniers entre les deux parties. Quant aux tentacules des seconds, elles pourraient repousser demain et compliquer davantage encore l'écheveau.
Pour maintenir, tant bien que mal, un statu quo branlant, il avait fallu jadis tout le charisme, toute la maestria d'un Arafat. On voit mal le curieux assemblage né des journées de Bethléem réussir là où il faudrait, au moins, un nouvel Abou Ammar.

