Que de dates à retenir depuis ce triste 13 avril 1975 : le 17 mai 1984, le 13 octobre 1990, le 14 février 2005, le 7 mai 2008 et aujourd'hui, le 2 août 2008, jour du revirement spectaculaire du bey de Moukhtara ou du chef progressiste de Clemenceau. En ce chaud mois d'août 2009, la bombe Walid Joumblatt a fait exploser l'arsenal majoritaire du 14 Mars, déjà très entamé. Le dépôt de munitions des 14 marsistes a bien sauté (comme celui du Hezbollah au Sud). Dorénavant, rien ne sera plus comme... désormais. La symphonie inachevée de la révolution du Cèdre ne sera plus interprétée que par les rares membres dans l'antichambre du secrétariat général des marsistes. En l'absence du bey de Moukhtara, son virtuose qui la menait à la baguette depuis quasiment cinq ans, l'intifada (tout à fait fada) a joué deux partitions. La première à l'assassinat de cheikh Rafic, l'homme providentiel selon certains, elle fut un chef-d'œuvre d'intense anthologie verbale et agressive. Un oratorio d'une dramatique incohérence. Certes, nous aurions aimé ne retenir que l'interprétation de cette symphonie souverainiste qui a exalté plus que jamais des centaines de milliers de « mélomanes » épris d'intermezzos démocratiques, avec ses merveilleux solistes « sollicités » de toutes parts. Mais quelle dissonance musicale a suivi ce 14 Mars mémorable. Nous avons alors assisté à un spectacle déplorable où les figurants ont montré à quel point leur talent était lamentable. Comment ne pas avoir été subjugué par l'irrésistible démagogie lyrique de Samir Geagea, la farouche résistance (tambours battants) du sayyed, la combativité tenace et rhapsodique de Walid Joumblatt, la pugnacité madrigale de Michel Aoun et la frustration dodécaphonique de Hariri. Impossible d'être resté insensible au martyre (scherzo) de Bassel Fleyhane, Pierre Gemayel, Antoine Ghanem et au courage « impromptu » de May Chidiac (malgré son penchant un peu forcé pour la vindicte récitative).
De la révolution du Cèdre (quelques branchages), que reste-t-il exactement ? Que reste-t-il de ces beaux jours passés à battre les tambours et à faire des comptes à rebours ? Il ne reste rien que ton cœur près du mien, dit la chanson. C'était du jamais-vu ! Jamais-vu non plus, le deuxième mouvement de la... partition et ses mauvais accords aux relents nauséeux, qui plombèrent le pays. Une succession de fausses notes causée par les interventions « ding, dingue dong » des Américains, des sionistes, des Arabes (toutes dictatures confondues), sans oublier les ayatollahs de Qom (Qom si de rien n'était). Faut-il que tous les ennemis, amis, frères, tuteurs, etc. évoluent en vase clos et jouent un concerto dé...concertant, pour ne pas imaginer les ravages causés sur les Libanais par de tels événements ? Les pauvres auditeurs, spectateurs, téléspectateurs que nous sommes sont ceux grâce auxquels le spectacle a une raison d'être. Ces piètres instrumentistes (instrumentalisés) comptent-ils célébrer en final un requiem pour le repos de notre âme ? On ne peut imaginer combien d'occasions ont été perdues, combien de promesses ont été faites. Combien d'espérances ont été attendues. Tout ce que les Libanais souhaitent aujourd'hui, c'est que tous les politicards, de tous bords et hors... bords, arrêtent de souiller notre réputation de pays d'accueil.
Car ils l'ont transformé en pays d'écueils !
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