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Moyen Orient et Monde - Le Point

À l’école des talibans

Le chef de la police de Kunduz est mort à l'aube, abattu ainsi que deux de ses hommes d'une rafale rageuse de kalachnikov, alors qu'il tentait de parlementer avec les assaillants. Le pauvre homme est tombé sans comprendre que sa mort signifiait pour le régime en place à Kaboul des milliers de voix perdues lors de la présidentielle et des provinciales à venir. Les talibans se sont promis de faire échouer le double scrutin du 20 août et ils sont en train de gagner cette gageure, malgré les dernières en date des gesticulations américaines, la promesse d'envoi de nouveaux renforts de troupes et les milliards de dollars injectés dans le fol espoir d'aider à mettre sur pied une armée et des forces de sécurité dignes de ce nom.
Mercredi matin, une opération d'envergure a été lancée dans le cadre de l'offensive « Eastern Resolve II » pour tenter de sécuriser le district de Naw Zad, un secteur de la province Helmand qui fournit 60 pour cent du pavot à opium et 90 pour cent de la production mondiale d'héroïne, véritable nerf de la guerre des « étudiants en théologie ». Avec un succès qui, d'ores et déjà, s'annonce mitigé. C'est ainsi depuis que les Soviétiques, au siècle dernier, relayés par les Américains et leurs alliés il y a huit ans, ont cherché à pacifier cette partie du monde située au carrefour du Moyen-Orient et de l'Asie centrale et du Sud sans autre résultat que de compliquer davantage la situation et de s'enliser chaque jour un peu plus.
Courageux comme l'ancien Béret vert qu'il fut, le général Stanley McChrystal a fini par baisser les bras. Dans une interview parue dimanche dernier dans le Wall Street Journal sous un titre inquiétant, « Taliban now winning », le commandant en chef des troupes US dans la région avoue qu'en reprenant la main, l'ennemi a forcé le Pentagone à revoir sa stratégie et à accroître la présence de ses hommes dans des zones à forte densité démographique, comme la ville de Kandahar. À quelques jours de la date prévue pour son premier rapport exhaustif sur le sujet, il reconnaît que l'accroissement des effectifs sur le terrain est destiné à rassurer la population, sujette à toutes les formes d'intimidation de la part des terribles guerriers pachtouns venus de leurs sanctuaire du sud et qui s'attaquent désormais aux agglomérations du nord et de l'ouest. « Ils deviennent très agressifs, confie-t-il au grand quotidien du monde des affaires. Nous devons arrêter leur progression, mais ce ne sera pas là une mince affaire. »
McChrystal, laissent entendre ses adjoints, se propose de demander 10 000 hommes en plus des 21 000 déjà promis, une requête qui provoquera de nombreux grincements de dents au Congrès alors que les parlementaires et les sénateurs rechignent à continuer à approuver une ardoise mensuelle de 4 milliards de dollars. L'Américain moyen, notent les analystes, est las de toutes les guerres qui, depuis celle du Vietnam, n'ont rien réglé ; il ne voit pas l'utilité de la dernière d'entre elles, ni son rapport avec la sécurité de la nation. Enfin, au vu de l'état de l'économie, il juge qu'un meilleur usage pourrait être fait des sommes faramineuses qu'elle est en train de coûter. Selon un sondage de la chaîne CNN, 54 pour cent des gens se déclarent opposés à la présence des boys dans cet Afghanistan de tous les dangers. Cette proportion est supérieure à celle enregistrée en mai. En Grande-Bretagne, le chiffre des mécontents est encore plus éloquent : ils sont 58 pour cent à juger que la guerre n'est pas gagnable et insuffisant le délai d'un an que se sont octroyé les généraux pour libérer le pays de l'emprise des talibans. La semaine dernière, sept soldats de la coalition ont été tués et le bilan pour le mois de juillet, le plus sanglant, s'est élevé à plus de 700 tués dans les rangs des militaires. Il y a aussi, hautement impopulaire, le fait qu'elles sont de plus en plus nombreuses, au sein de la population civile, les victimes de bombardements « amis ». Tout cela fait dire au général James L. Jones, conseiller de Barack Obama à la sécurité nationale, que « nous n'allons pas rester là dix années encore », des propos destinés à apaiser la grogne populaire.
Le rapport global sur la conduite des opérations était prévu initialement pour la mi-août. La semaine dernière, McChrystal a participé quelque part en Belgique à une réunion ultrasecrète à laquelle étaient également présents Robert Gates, secrétaire à la Défense, et l'amiral Mike Mullen, chef d'état-major interarmes. Tous deux lui ont recommandé de prendre son temps et d'attendre la consultation générale du 20 août. Le 12 juin 2009, l'intéressé s'était laissé aller à des confidences devant un reporter du Wall Street Journal. « De mon expérience aussi bien en Irak qu'en Afghanistan, lui avait-il dit, j'ai tiré un enseignement : il ne sert à rien de tuer des ennemis rapidement et proprement ; il importe de convaincre les gens autrement que par les armes. » Seul un militaire peut tenir de tels propos. Les quelques jours à venir, il lui faudra les mettre à profit pour, ultérieurement, convaincre les pékins de Washington. Mais cela, c'est une autre affaire.
Le chef de la police de Kunduz est mort à l'aube, abattu ainsi que deux de ses hommes d'une rafale rageuse de kalachnikov, alors qu'il tentait de parlementer avec les assaillants. Le pauvre homme est tombé sans comprendre que sa mort signifiait pour le régime en place à Kaboul des milliers de voix perdues lors de la présidentielle et des provinciales à venir. Les talibans se sont promis de faire échouer le double scrutin du 20 août et ils sont en train de gagner cette gageure, malgré les dernières en date des gesticulations américaines, la promesse d'envoi de nouveaux renforts de troupes et les milliards de dollars injectés dans le fol espoir d'aider à mettre sur pied une armée et des forces de sécurité dignes de ce nom.Mercredi...
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