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Liban - Commentaire

Des entraves qui sont le fruit des sempiternelles manigances syriennes

Passé maître dans l'art des duperies, des louvoiements et des atermoiements, le régime syrien a réussi le tour de force de laisser juter la crise ministérielle libanaise pendant plus de deux mois. En obtenant, au départ, que la désignation d'un Premier ministre se fasse avant un accord sur la composition du cabinet, que l'on aurait pu réaliser en quelques jours, pour peu que les parties fussent sincères dans leur volonté affichée de partenariat. L'ordre de marche retenu signifiait par lui-même, comme on l'a constaté, qu'en désignant un Premier ministre en premier lieu, on allait non pas négocier entre idéologies un programme de gouvernement commun, mais multiplier les conditions prosaïques de quotas et de portefeuilles. Les parties prenantes locales, la majorité surtout, ont souscrit au vœu de passer directement au processus institutionnel, sans temps mort pour les négociations politiques, un peu parce que Damas promettait urbi et orbi de faciliter et d'accélérer la formation du gouvernement. Ces fractions ont oublié que ce n'est pas la première fois que le régime syrien trompe son petit monde. Durant la crise de la présidentielle, il avait mené les Français en bateau en les persuadant de convaincre eux-mêmes le patriarche Sfeir, fortement réticent, car échaudé par une expérience similaire intervenue en 88, d'établir une liste de candidats. Pour ne pas se voir reprocher de fuir une responsabilité nationale, il s'est exécuté, mais sa nomenclature avait été superbement ignorée par ceux qui la lui avaient réclamée.
Il était acquis que la présidence du Conseil allait revenir au leader sunnite de la majorité, Saad Hariri. Si les intentions avaient été bonnes, si les Saoudiens pouvaient compter vraiment sur les Syriens, il aurait été normal et bon qu'on laissât les Libanais s'entendre d'abord sur un programme de gouvernement. Parce que, sans cette précaution, on laisse le pays politique naviguer à l'aveuglette, avec un risque ouvert de conflit irrémédiable, donc de crise de pouvoir, dès que l'on s'attellera à la rédaction de la déclaration ministérielle. Or, la désignation en premier entraîne une problématique de quotas, de chiffres, de noms, de contrôle des ministères-clés qui, tout en étant plus superficielle, est plus difficile à résoudre, à mettre au point, qu'un consensus politique de fond. Entre deux lignes radicalement opposées, certes, mais qui pourraient toujours s'entendre autour d'un slogan réaliste : attendre et voir venir. Du moment que les destinées politiques du Liban dépendent largement de considérations extérieures et des développements régionaux.
Une autre raison qui explique l'insistance syrienne à ce que la désignation ait lieu d'abord : en toucher le prix, du moment que Saad Hariri, par suite de l'assassinat de son père, se tient résolument aux antipodes de Damas. L'acceptation par les Syriens de sa promotion doit être considérée, à leur avis, comme un geste de bonne volonté qui mériterait récompense. Ce qui s'est traduit, dans le lexique syrien d'étouffement du Liban indépendant, par des conditions impensables. Comme la nécessité pour l'intéressé de se rendre à Canossa, c'est-à-dire à Damas, avant même d'avoir formé son gouvernement. Pour paraître ainsi laver la Syrie des soupçons qui pèsent sur elle dans l'assassinat de son père. Tout comme pour indiquer que, finalement, c'est à Damas même, avec son blanc-seing que se compose le gouvernement du Liban. Saad Hariri ne s'en est pas laissé conter. Il a précisé qu'il ne se rendrait en Syrie qu'après la formation du gouvernement, ajoutant que cela ne se fait qu'au Liban. Résultats découlant de la contre-riposte syrienne : on attend la mise en place du cabinet dit d'union, plus de deux mois après les élections.
Aujourd'hui, si l'on admet que la 15+10+5 retenue en lieu et place de la 16+9+6 tient toujours, la flamme de la zizanie interlibanaise à laquelle le régime syrien se chauffe si volontiers est entretenue par une querelle opposante effrénée sur les strapontins et sur les noms. Le Hezbollah et Amal se tiennent de côté, et c'est le général Michel Aoun qui mène la danse. Ce rôle lui est sans doute dévolu par souci tactique syrien de camouflage car, en principe, le CPL est moins lié à Damas qu'Amal et le Hezbollah. Le général Aoun accepte de ne plus demander six portefeuilles, à la mesure de son bloc de 27 parlementaires, mais exige l'Intérieur ou un autre ministère dit de souveraineté, comme les Affaires étrangères. Et il veut remettre en selle, aux Télécoms, son gendre, Gebran Bassil. Il proclame que personne parmi ses alliés, ni la Syrie, ne peut le faire fléchir. Dès lors, Saad Hariri a le choix : ou il s'incline, ou il arrive à convaincre Aoun d'accepter un compromis quelconque, ou il se désiste. Ce qui serait pour le 14 Mars, surtout après le repositionnement de Joumblatt, un coup terrible. Indirectement asséné par ce joueur de squash qu'est Damas.
Passé maître dans l'art des duperies, des louvoiements et des atermoiements, le régime syrien a réussi le tour de force de laisser juter la crise ministérielle libanaise pendant plus de deux mois. En obtenant, au départ, que la désignation d'un Premier ministre se fasse avant un accord sur la composition du cabinet, que l'on aurait pu réaliser en quelques jours, pour peu que les parties fussent sincères dans leur volonté affichée de partenariat. L'ordre de marche retenu signifiait par lui-même, comme on l'a constaté, qu'en désignant un Premier ministre en premier lieu, on allait non pas négocier entre idéologies un programme de gouvernement commun, mais multiplier les conditions prosaïques de quotas et de portefeuilles. Les...
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