En 1999, Daniel Barenboïm, né à Buenos Aires de parents juifs d'origine russe, et l'Américano-Palestinien Edward Saïd, professeur de littérature comparée décédé en 2003, lançaient l'idée d'un orchestre réunissant jeunes Arabes et jeunes Israéliens afin de les rapprocher via la musique classique.
«Au sein du projet, tout le monde a le droit d'exprimer son opinion, et nous n'attendons pas d'être convaincus par les arguments de l'autre. Mais nous attendons qu'ils aient la curiosité de se pencher sur la logique de ces arguments», ajoute-t-il.
Pour le «maestro», comme l'appellent les musiciens, «la base de tout» est que « chacun comprenne que la manière de penser de l'autre a sa propre logique et qu'il faut la
respecter ».
Malgré les éclats de voix qui émaillent la vie de l'orchestre, «il y a eu beaucoup de progrès», souligne-t-il.
Pour l'illustrer, il relate ce qu'il considère comme un «triomphe»: la tournée de janvier a débuté en plein pendant l'occupation militaire israélienne dans la bande de Gaza. Le chef a réuni les musiciens pour qu'ils décident s'ils voulaient continuer.
«Je pensais qu'il y allait avoir d'un côté les Israéliens et de l'autre les Palestiniens, mais tout le monde était uni: voilà le triomphe du Divan, qu'il y ait une conscience commune», résume-t-il.
C'est cette «âme» qui les a conduit à publier une déclaration commune pendant l'opération à Gaza, et pendant la guerre entre Israël et le Liban au cours de l'été 2006.
Bien sûr, «il y a plusieurs musiciens qui ne se sont pas du tout intéressés» à la dimension humaine du projet, mais Barenboïm fait un bilan positif de ces 10 années.
« Musicalement, nous avons joué dans les endroits les plus importants du monde, les pièces les plus difficiles du répertoire » et, en plus, « l'orchestre est devenu un mythe en Europe, autorisant une pensée alternative sur ce conflit », selon lui.
Il se rappelle le concert de Ramallah en 2005. «Aller en Palestine, dans les territoires occupés, avec des artistes syriens, israéliens, libanais, jordaniens, égyptiens, fut un événement historique», rendu possible «seulement par la vision du gouvernement espagnol, qui a donné à tous les musiciens des passeports diplomatiques espagnols», rappelle-t-il.


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