Ne nous désolons pas, car ce qui arrive est, somme toute, d'une affligeante banalité. Un homme est porté à la tête de l'unique superpuissance encore en scène après l'éclatement de l'Union soviétique et avant que la Chine n'accède au rang envié de nouveau géant. Les huit années bushiennes, affligeantes, hantent encore les mémoires, avec leur cortège d'erreurs, de ratages, de hubris surtout, quand l'Amérique prétendait administrer des leçons au monde entier au nom du rêve démocratique. Barack Obama, lui, n'a fait que prêcher l'humilité et vanter les mérites du dialogue ; nous avons beaucoup à apprendre des autres, disait-il, et le fermier du Midwest, le white collar de New York, l'immigré nouvellement débarqué applaudissaient à ce discours exaltant, dépoussiéré grâce à la magie de « ce curieux garçon au drôle de nom ».
Tout cela, c'était hier, quand tout paraissait possible et qu'on pouvait espérer décrocher la lune, comme jadis avec le mythique John Fitzgerald Kennedy. Hélas, les rêves se sont mués de nos jours en un quadruple cauchemar : les deux guerres d'Irak - laquelle ne finit pas d'en finir - et d'Afghanistan - qui menace de s'étendre comme une vilaine tache d'huile -, une crise économique à l'échelle planétaire, enfin le casse-tête du système de santé. JFK le magicien n'avait pas perdu beaucoup de temps pour se débarrasser de l'unique casserole représentée par les missiles de Cuba. Aujourd'hui, on pourrait ajouter à l'énumération, sans pour autant la compléter, un déficit budgétaire qui dépasse, pour dix mois de l'exercice se terminant en septembre prochain, le chiffre abyssal de 1 300 milliards de dollars, et un taux de chômage (9,6 pour cent) sans précédent depuis plus d'un quart de siècle.
On a trop attendu du 44e président des États-Unis pour ne pas déchanter - toujours dans les limites du raisonnable. Mais aussi c'est bien un peu de sa faute, quand le miroir de sa rhétorique fascinait les crédules alouettes que nous sommes. Éloquent, trop éloquent, Mister President. Le bon côté de la médaille, c'est que, statistiques toujours, pour une vingtaine de pays et régions, il a réussi à améliorer l'image de son pays dans le monde : 71 pour cent des personnes interrogées lui font confiance pour diriger les affaires de notre univers, selon le Pew Research Center, un institut indépendant. Petit rappel à l'intention de ceux pour qui cela ne veut pas dire grand-chose : il y a un an, quand George W. Bush régnait encore à partir du bureau Ovale, le taux n'était que de 17 pour cent. Mieux encore, même si son étoile a quelque peu pâli, son successeur continue de jouir de la confiance de ses concitoyens pour le règlement des grands problèmes de l'heure, ces mêmes Américains ne regrettant nullement, bien au contraire, l'équipe précédente.
Un seul concurrent peut lui faire de l'ombre : Bill Clinton. L'époux de Hillary vient de réussir un coup de maître en obtenant la libération de deux journalistes, à l'issue d'un tête-à-tête avec Kim Jong-il, le président nord-coréen tant honni. En octobre, il se rendra à Haïti. À la tête, il est vrai, d'une délégation d'investisseurs, mais il a déjà fait savoir qu'il mettra à profit cette visite pour contribuer « à apporter dans l'île des changements considérables ». Remous et mouvements divers dans les cercles du pouvoir où l'on observe avec appréhension la remontée des cours de l'action clintonienne tout en se rappelant que l'intéressé, au lendemain de la fin de son mandat, ne donnait pas le moindre signe d'essoufflement et que l'hebdomadaire Time titrait la couverture qu'il lui consacrait : « Comment pouvons-nous vous regretter quand vous ne vous décidez pas à partir ? »
De ce côté-là toutefois, Obama n'a rien à craindre, lui en qui le New York Times voit « un nouveau Jimmy Stewart ». Souvenez-vous, le personnage central du mémorable Mister Smith goes to Washington. Tout un programme.

