Les objectifs du projet sont multiples. RAMseS vise d'abord et de manière générale à économiser la consommation d'énergies fossiles. Il vise en outre la diminution des coûts de la production agricole du couvent, situé à 1 000 mètres d'altitude. Sa conception a été étudiée de manière à avoir un système intégral et simple, facile à utiliser, à gérer et surtout à entretenir.
« Le couvent a immédiatement accepté de participer à ce projet que nous trouvons approprié à notre situation. Nous avons des vignes et des oliveraies. Économiser de l'argent tout en préservant l'environnement était un pari que nous souhaitions relever », affirme le père Paul Assaf, en charge des terrains agricoles du couvent.
Pour Toufic Asmar, coordinateur de RAMseS, l'enjeu du projet est de disposer d'un ensemble de techniques pour créer un système multifonctionnel, à utilisation pratique et dont le coût est abordable. « Ce projet est né des problèmes actuels que rencontrent les agriculteurs : la hausse du prix de l'essence et du mazout, les effets du changement climatique, les coupures fréquentes du courant électrique, etc. », ajoute M. Asmar. Selon lui, l'intérêt de RAMseS est de jeter les fondements d'un développement durable pour les agriculteurs à travers les énergies renouvelables.
Pour ce faire, le projet crée d'abord de l'électricité à partir de l'énergie solaire. « Nous avons 72 panneaux solaires photovoltaïques dirigés vers l'Est avec une inclinaison de 35 degrés, explique l'ingénieur Daniel Geha. Dans ce domaine, il s'agit d'un des plus importants projets réalisés au Liban jusqu'à présent. Or, il n'est pas d'une ampleur exceptionnelle, ce qui montre bien en fait le retard que notre pays affiche en la matière. »
La production de l'installation électrique est de 50 ampères, utilisable de différentes manières. Elle peut d'abord être utilisée pour alimenter le couvent en électricité, et notamment pour la production du vin et du fromage. Pour le couvent, le système « multifonctionnel » présente l'avantage d'une certaine flexibilité. Le système reste en effet relié à l'infrastructure existante. En cas de besoin, le couvent peut prendre du courant électrique de l'EDL (l'Électricité du Liban). En principe, explique M. Geha, le couvent pourrait également fournir de l'électricité sur le même réseau pour les voisins ou pour le village. « Malheureusement, la loi actuelle interdit une telle pratique. Il faut œuvrer pour un changement législatif. En conjuguant l'effort privé au public, nous pouvons encourager la production électrique avec des moyens non polluants », ajoute-t-il.
L'électricité créée servira également à alimenter un tracteur qui fonctionne lui aussi à l'énergie solaire. Ce véhicule multifonctionnel peut semer, défricher, arroser ou encore être utilisé pour l'épandage d'insecticides ou comme transporteur de marchandises. Le tracteur a une autonomie de 4 à 8 heures de travail. Il roule à une vitesse variant entre 15 et 45 km/h. Et, cerise sur le gâteau, il est silencieux. Une qualité que le père Paul Assaf met en exergue en sortant l'ancien tracteur du couvent. La différence est claire. Pour Saïd Chehab, président de l'Almee, « la nuisance sonore est une forme de pollution ». Et le fait que ce tracteur soit silencieux rend ce projet encore plus crédible en matière de protection de l'environnement.
Last but not least, ce système global permet également le stockage de l'électricité produite dans des batteries qui seront utilisées ultérieurement en cas de besoin. Les batteries sont notamment utilisées pour faire fonctionner le tracteur.
Reste à savoir le prix de toute cette installation. Selon M. Geha, le système photovoltaïque coûte aux alentours des 100 000 dollars, entre la recherche et l'installation. Les instruments peuvent facilement être utilisés durant 25 ans, sans aucun entretien particulier. En outre, le véhicule agricole vaut dans les 40 000 dollars.
Reste, néanmoins, que l'utilisation de batteries pourrait faire froncer les sourcils aux plus écolos. Mais, pour Toufic Asmar, les critiques concernant leur utilisation ne sont pas pertinentes. « Il y a évidemment une pollution originelle dans la fabrication des batteries qui sont la seule partie nuisible du projet. Mais l'important est la bonne gestion du stade final de recyclage », affirme-t-il. Même son de cloche chez Saïd Chehab. « Les différentes composantes de la batterie sont recyclables, comme le plastique et le plomb. En outre, celles utilisées par ce projet ne contiennent pas d'acide, mais du gel spécial », explique-t-il. En tout état de cause, même si ce projet n'est pas parfait sur le plan environnemental, il a au moins le mérite d'être pionnier dans le secteur de l'agriculture. Un système permettant d'économiser, même partiellement, l'usage d'énergies fossiles est préférable à une absence totale d'initiative dans ce domaine, ajoute également M. Chehab. Selon lui, « il ne faut pas oublier que l'un des buts de RAMseS est d'inciter les gens à prendre conscience des moyens et des méthodes accessibles pour préserver l'environnement. Ce projet réalise à merveille cet objectif ».
Et Naji Tannous, membre de la LGBC (Lebanese Green Building Council), de conclure : « Il est temps de faire pression sur l'État libanais pour créer un centre de recyclage. »
*Europa jaratouna est un projet médiatique initié par le consortium L'Orient-Le Jour, al-Hayat, LBCI et élaboré avec l'aide de l'Union européenne. Il traite des actions de l'UE dans 8 pays du sud de la Méditerranée. Pour en savoir plus, visitez le site www.eurojar.org. Le contenu de cette publication relève de la seule responsabilité de L'Orient-Le Jour et ne peut aucunement être considéré comme reflétant le point de vue de l'Union européenne.

