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Liban - Éclairage

Débat autour des vues présidentielles et de leur timing

Les vues que le président Michel Sleiman a développées dans son discours du 1er août sur les prérogatives du chef de l'État et sur les réformes ont suscité un débat politique intense sur la scène locale. Fait à retenir : ces positions se trouvent approuvées par autant d'opposants que de loyalistes. Autrement dit, à cette occasion précise, le clivage traditionnel a volé en éclats. Cependant, tout en convenant de la nécessité de corriger les failles de la Constitution, la plupart des professionnels, à gauche comme à droite, jugent que ce n'est pas trop le moment d'en parler.
Certains majoritaires se posent des questions sur le timing présidentiel. Réclamer la promotion des prérogatives de Baabda, à l'occasion précise de la fête de l'Armée vue comme un rappel de mérites ou de capacités, leur semble une manière de faire pression aussi bien sur le Premier ministre désigné que sur le gouvernement potentiel, pour les amener à adopter le plan proposé, les yeux fermés, sous peine de frictions politiques. Ces majoritaires ne veulent pas s'engouffrer, dès le départ, dans un tunnel de discussions installé par le président de la République, et non par le Conseil des ministres, détenteur de l'Exécutif.
Ils font valoir de plus qu'avant d'aborder la refonte de la Constitution, il est nécessaire de compléter l'application du pacte national de Taëf. Car on pourrait y trouver nombre de corrections ou de réformes requises. Ce point de vue est défendu par le patriarche Sfeir. En réalité, ces loyalistes craignent que certains ne veuillent rétablir les pouvoirs régaliens dont la présidence bénéficiait avant Taëf. Mais ils redoutent également que des manipulateurs déterminés ne poussent à la roue de la révision que pour pointer du doigt d'imaginaires ambitions présidentielles personnelles, pour nuire à l'image du président. Un jeu faussement subtil, classique dans le domaine de la politique politicienne.
D'autres loyalistes, plus à l'est, ont peur qu'à partir de n'importe quelle proposition de révision, qu'elle émane du Hezbollah ou du régime, on ne remette en cause l'équation paritaire fondamentale de Taëf, fifty-fifty entre chrétiens et musulmans. Ce que l'évolution démographique rendrait aussi facile que compréhensible, sauf qu'un déséquilibre mettrait vite un terme au principe de coexistence, vital pour le Liban. Ces cadres ne s'affolent pas du fait que le pouvoir exécutif a été arraché par Taëf au chef de l'État. Car, soulignent-ils, bien qu'il n'ait pas de droit de vote en Conseil des ministres, il continue à le diriger et à y avoir son mot, souvent décisif, à dire.
Sans compter, rappellent-ils, qu'une fois le train en marche, on ne pourrait plus l'arrêter. Si les maronites veulent redonner du lustre à la présidence de la République, les chiites ne tarderont pas à exiger une vice-présidence de la République pour eux, sinon la répartition en trois et non plus en deux. Quant aux sunnites, ils refusent, d'une seule et même voix, que l'on touche au système établi à Taëf, même s'ils admettent qu'on peut amender certaines dispositions lacunaires de la Constitution.
À ce propos, les opposants et les loyalistes sont largement d'accord qu'il faut un consensus national certifié pour s'engager dans un processus de révision constitutionnelle. Sans quoi la stabilité du pays, déjà bien précaire, en prendrait un sérieux coup. Il reste cependant à souligner que certains majoritaires, tout en convenant que le sujet nécessite mûre étude préalable, estiment que l'on se trompe quand on pense que le président Sleiman veut faire réviser la Constitution à son propre profit. Ils relèvent que s'il en avait été ainsi, il aurait clairement demandé le changement du texte fondamental, en précisant les sujets qu'il souhaiterait voir traiter. Or, insistent-ils, il s'est contenté de se poser des questions sur les causes des défauts que présente le Livre, pour appeler les leaderships à les traiter.

Joumblatt
Bien entendu, les loyalistes ne perdent pas Joumblatt de vue. Ils se déclarent satisfaits de ce que ses trois ministres potentiels continuent à faire partie du paquet de 15 prévu pour la majorité. Ils acceptent ses explications, mais les trouvent à la fois insuffisantes et piégeuses. Car, observent-ils, il a tenu à effectuer sa rétractation, du reste nuancée d'indépendantisme revendicateur, à la sortie de Baabda. Comme s'il voulait laisser entendre à la fois sa jonction avec un bloc centriste acquis au chef de l'État et son approbation des souhaits présidentiels concernant les prérogatives et la révision de la Constitution. En fait, nombre de cadres pensent encore que les sorties de Joumblatt, puis ses manœuvres de navigation en eaux troubles visent principalement les leaderships chrétiens du 14 Mars.
En revanche, le Hezbollah se tient à carreau. Il ne commente ni l'affaire Joumblatt ni les déclarations du président Sleiman. Il préfère attendre de voir comment le 14 Mars va s'en tirer avec ces deux développements qui le ciblent principalement, et comment le gouvernement va être formé. Voire quel système pourrait sortir de tous ces mouvements. Car les équilibres et les alliances peuvent se trouver bouleversés dans les prochaines semaines. À Taëf, notent des loyalistes, c'est une coalition musulmane regroupant les sunnites, les chiites et les druzes qui avait fait la décision. Aujourd'hui, les donnes pourront changer si Joumblatt s'allie à Baabda pour faire amender la Constitution.
Cependant, les visiteurs de Baabda sont catégoriques : lors de la fête de l'Armée, le chef de l'État n'a pas proposé de changer le pacte national, ni de modifier les mécanismes institutionnels établis. Il a seulement plaidé pour que l'on active la Constitution et le processus de Taëf. Sans aucune arrière-pensée de se rendre populaire au niveau de la rue chrétienne ou d'élargissement de son assise politique.
Il reste une chose : si Berry avait suivi Joumblatt sur la route centralienne de Baabda, le tableau aurait brusquement, et totalement changé au Liban. Mais quand on est leader d'Amal, on n'a sans doute pas une telle liberté de mouvement.
Les vues que le président Michel Sleiman a développées dans son discours du 1er août sur les prérogatives du chef de l'État et sur les réformes ont suscité un débat politique intense sur la scène locale. Fait à retenir : ces positions se trouvent approuvées par autant d'opposants que de loyalistes. Autrement dit, à cette occasion précise, le clivage traditionnel a volé en éclats. Cependant, tout en convenant de la nécessité de corriger les failles de la Constitution, la plupart des professionnels, à gauche comme à droite, jugent que ce n'est pas trop le moment d'en parler.Certains majoritaires se posent des questions sur le timing présidentiel. Réclamer la promotion des...
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