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Nos lecteurs ont la parole

Libres de choisir

Par Jean-Paul MOUBARAK
Décidément, les lois de l'hérédité ont bien fonctionné depuis leur mise en place. Il n'est pas donné à tout le monde d'être « l'héritier de ». Notons que tout le monde veut se construire, bâtir son propre univers sur les cendres des idées de ses (illustres) aïeux. Ce n'est pas pour décevoir certains qui, eux au moins, savent à quoi s'attendre. C'est comme ça dans les entreprises, en politique, dans les milieux littéraires, même si c'est moins fréquent. Tout petit homme qui naît n'est pas nécessairement aussi doué pour galvaniser les foules, même s'il s'agite sur les estrades ou dans les banquets avec de belles paroles et des slogans que tout le monde connaît car déjà entendus.
« Hâtez-vous lentement », affirmait judicieusement Nicolas Boileau. À quoi bon aller vite tant que l'on a encore le temps de se forger une personnalité charismatique ? Ne devrait-on pas chercher le vrai leader qui se cache en nous ? Chacun a sa technique certes, mais ne nous moquons pas de nous-mêmes. De nos jours, la technique n'est plus de rigueur mais l'intelligence, la malice, la spontanéité parfois et le bien-penser ou du moins le penser vrai.
On ne forme pas une communauté bien pensante à partir de lumières du passé. Imaginez la France restée dans l'esprit de Montesquieu et de Diderot, ceux-là mêmes qui ont commencé l'évolution des idées, sauf que les philosophes et penseurs qui ont suivi l'ont faite évoluer. Imaginez qu'Alexandre le Grand ait simplement repris les plans de bataille qu'envisageait son père Philippe de Macédoine sans rien prendre de l'apprentissage des penseurs de son époque, aurait-il vraiment mérité son surnom ?
Ah, c'est ça la grandeur d'un homme, c'est comme ça qu'évolue un monde. Avec de nouvelles idées, de nouvelles pensées, de nouveaux chemins à tracer et non des remodelages des idées d'antan ou des comblements de fissures dans les murs du passé. Il faut détruire, assainir, dépoussiérer et ranger le passé dans nos bibliothèques, et juste s'en inspirer pour créer de nouvelles idées, et pas seulement les reprendre sous la bannière du mot fétiche : « Le combat » (al-kadiyeh en arabe, peu importe laquelle tant qu'il y en a une). Car s'il s'agit d'un combat d'idées, les mœurs évoluent, et ce qui était souvent valable dans les années 70-80 est devenu désuet de nos jours. Il faudrait améliorer le passé. Imaginez la Chine restée au temps de Mao, une Chine fermée et avec un avenir incertain. Si le paysage politique chinois n'a quasiment pas changé, par contre, la sphère économique a largement évolué.
Le Liban doit suivre ce courant. Notre univers politique devrait changer, mais la nouveauté doit se baser sur une amélioration du passé, voire sur des idées novatrices qui peuvent construire un avenir et non campées sur des bases hétéroclites.
Pour reprendre Lavoisier : rien ne se perd, rien ne se gagne, tout se transforme. Au Liban, tout doit se transformer, tout doit être rebâti sur de nouvelles bases, et le passé ne peut contribuer à ce changement que si on s'en inspire, mais pas en se basant sur lui ou en y croyant. Il est temps de se forger ses propres idées, ses propres convictions, loin des velléités extérieures de s'immiscer dans nos affaires intérieures, même si ces velléités sont souvent analysées de manière discrétionnaire, en fonction du camp.
Nous sommes libres de choisir maintenant, libres de vivre tel que nous le concevons, tel que notre nouveau siècle l'impose aussi. De nouvelles analyses doivent se faire, et il faudrait abolir les débats amorphes dont l'issue est connue avant même qu'ils ne soient commencés.
Dans trois mois, ce sera le jour J pour les nouveaux et pour les mammouths de la politique. Les uns y croient, les autres savourent déjà une victoire sans combat.
La politique nous laissera encore beaucoup de surprises.
Décidément, les lois de l'hérédité ont bien fonctionné depuis leur mise en place. Il n'est pas donné à tout le monde d'être « l'héritier de ». Notons que tout le monde veut se construire, bâtir son propre univers sur les cendres des idées de ses (illustres) aïeux. Ce n'est pas pour décevoir certains qui, eux au moins, savent à quoi s'attendre. C'est comme ça dans les entreprises, en politique, dans les milieux littéraires, même si c'est moins fréquent. Tout petit homme qui naît n'est pas nécessairement aussi doué pour galvaniser les foules, même s'il s'agite sur les estrades ou dans les banquets avec de belles paroles et des slogans que tout le monde connaît...
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