La bonne nouvelle, c'est que l'on a réussi jusqu'à présent à éviter une Nuit des longs couteaux, version blanche et donc sans effusion de sang. La mauvaise nouvelle, c'est que l'on hésite encore entre des retrouvailles symboliques, qui ne déboucheraient sur rien de concret, et une sorte de jeu de chaises musicales, à condition toutefois de trouver un grand ordonnateur. Ne comptez pas trop pour cela sur le successeur d'Abou Ammar, bien trop décrié pour son incapacité à freiner la cupidité de ses lieutenants et, d'une manière plus générale, à mettre un semblant d'ordre dans la maison. Ces dernières quarante-huit heures, le grand héros de ces retrouvailles, attendues depuis vingt ans, est plutôt Aboul-Ayn, un fidèle de ce Marwan Barghouti dont tout le monde attend (ou craint) la libération par Israël pour l'introniser calife à la place du calife. Auparavant, simple formalité, il devra se faire élire par les vingt et un membres de l'organisme suprême, et aussi accéder à la liberté, lui qui purge une quintuple peine de prison à perpétuité.
Dans la foulée, ils sont nombreux ceux qui espèrent une promotion, essentiellement une accession au saint des saints représenté par le comité central, tel Mohammad Dahlan, jadis redoutable et redouté chef des services de police, tombé en disgrâce depuis la déroute de ses hommes dans l'enclave de Gaza. Ou encore l'ancien président du Conseil législatif (Parlement) Rouhi Fattouh, un moment recyclé dans la contrebande de téléphones mobiles qu'il transportait dans sa voiture, et surtout Nabil Amr, hier promu à un bel avenir, aujourd'hui « ambassadeur » au Caire après sa défaite aux catastrophiques élections de 2006. Curieux diplomate que celui-là, qui ne mâche pas, à l'occasion, ses mots. Exemple de ses phrases à l'emporte-pièce : « Nos rangs regorgent de voleurs, d'espions et de personnes corrompues. Il y a là de quoi détruire tout un pays. »
Difficile dans ces conditions de se poser en alternative valable au Hamas, réputé incorruptible et qui, à ce titre, avait remporté haut la main les législatives. Entre les deux grands ennemis qui se partagent les faveurs du public, il existe un dénominateur commun : tous deux font semblant de négocier tout en tablant sur le facteur temps, certain pour l'un que jamais il ne pourra concrétiser cette coexistence qu'en bon organisme stalinien il cherche à faire prévaloir, convaincu pour l'autre que le grand rival finira bien par décourager - c'est un vœu en voie de réalisation - même ses plus ardents partisans.
Pour peu que l'on veuille regarder plus loin que le congrès qui se tient actuellement dans une école de Manger Square, à Bethléem, la (très) improbable paix entre Palestiniens et Israéliens dépend du bon vouloir des extrémistes : ici les religieux et Israel Beiteinu d'Avigdor Lieberman, là Khlaled Mechaal et les siens. Shimon Peres le constatait déjà, un brin amer, deux ans après la conclusion en 1993 des accords d'Oslo, dont il avait été l'un des artisans en qualité de ministre des Affaires étrangères : «La moitié d'une nation a décidé de faire la paix avec la moitié de l'autre nation. » La plaisanterie qui court ces temps-ci veut que l'on s'acheminerait peut-être vers la coexistence entre trois États, à savoir Israël, la Cisjordanie et Gaza.
Inquiet devant la montée en puissance des jusqu'au-boutistes, le roi Abdallah d'Arabie saoudite vient de se décider à sonner le tocsin. « Les divisions sont plus nuisibles pour notre cause, écrit-il aux congressistes, que l'ennemi sioniste. » À cette missive, on pourrait ajouter en nota bene la petite phrase suivante, tirée du discours de mardi de Mahmoud Abbas : « Organiser cette conférence tient du miracle. La tenir sur notre territoire en est un autre. »
Palestiniens livrés au plus profond des désespoirs cherchent faiseur de miracles ; écrire à Barack Obama qui fera suivre.

