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Liban - Commentaire

Autant en emporte le vent : quelques flamberges éteintes du Joumblatt patriote

Le député Walid Joumblatt retourne, en même temps que sa veste, aux sixties. Au arafatisme révolutionnaire, au panarabisme sauce Nasser, au baassisme assadien qui refusait de négocier avec Israël. Plus près de nous, Joumblatt se comporte comme si Rafsandjani ou Khatami tenaient encore les rênes en Iran. Cela au moment où le régime de Damas ne rêve que de pourparlers, et se rapproche de l'Amérique. Joumblatt assène son repositionnement sans rien en expliquer au public du 14 Mars, comme s'il en était le maître. Il s'y prend après les élections alors qu'il aurait dû le faire avant, pour que les électeurs, mais aussi le 8 Mars, sachent à quoi s'en tenir.
Voici un petit lexique de ses positions patriotiques antérieures. D'abord, et en un tournemain, il gomme le message qu'il adressait naguère au Hezbollah pour lui signifier d'avoir à se prononcer, à s'identifier « soit comme étant une partie de l'État, soit comme étant une partie du projet iranien ». Rajoutant, s'en souvient-il seulement, cette imprécation : « Celui d'entre nous qui songe à composer (sous-entendu avec le Hezb) n'est qu'un traître, voué à la peine capitale morale et politique. L'armement qui défend les régimes de la rancune et de la tyrannie, entre Beyrouth et l'Iran, via le régime de Damas, cet armement n'a rien de sacré. »
Il oublie de même ses mises en garde « contre un troc du tribunal international aux dépens de la justice, de la souveraineté et de la liberté ». Il passe à la trappe son serment que « la révolution du Cèdre se poursuivra, la lutte est encore longue, et il ne peut y avoir d'État parallèle à l'État au Liban, ni de parti qui décide motu proprio de la guerre et de la paix ».
Ou encore, s'agissant de la Syrie : « Le Liban ne connaîtra aucune quiétude tant qu'il subsiste, sur ses flancs, un régime dictatorial. » Il y a moins de six mois, pour la commémoration de l'assassinat du président Hariri, il proclamait : « De mois de mars en mois de mars, l'attente se prolonge. Il n'y aura ni arrangement, ni apaisement, ni excuses. La vengeance, Bachar, la vengeance. » À la veille des législatives, il prévenait que « si nous échouions aux élections, Rustom Ghazalé dirigerait derechef le Liban à partir de son bureau à Damas ». À la même époque, sortant d'une entrevue avec le patriarche Sfeir, il déclarait : « J'ai compris le message de l'Amérique quand, pendant la visite que j'y ai effectuée en 2006, Rice m'a affirmé que le régime syrien devait absolument changer de comportement. C'était là son avis. Aujourd'hui, la nouvelle administration US souhaite une suspension d'hostilités et la reprise des relations (avec la Syrie). Mais il est de mon droit de prévenir que les gens du régime syrien sont spécialistes en atermoiements, en échanges stériles, en dialogue pour le dialogue. Nous devons être sur nos gardes, si le processus syro-israélien est réactivé, car cela pourra être aux dépens du Liban. » Il est donc clair que Joumblatt, convaincu que le régime syrien ne pouvait pas changer, a estimé dès le départ que les Américains se trompent en misant là-dessus. Il a réalisé que même les néoconservateurs radicaux ne voulaient pas faire sauter ce régime et se contenteraient d'exercer sur lui des pressions économiques pour l'amener à composer. Sans songer à traiter la Syrie comme elle traite le Liban. C'est que, comme l'indiquait dans un article un ancien conseiller du Pentagone spécialisé dans les questions internes syriennes, Washington craint qu'un bouleversement soudain en Syrie ne produise une dictature théocratique au lieu d'une dictature laïque.
Donc c'est après son voyage aux States que Joumblatt a commencé à réviser ses positions. Il a réalisé qu'il était inutile, et néfaste, de compter sur une chute du régime syrien. Puis il a bien vu, le 7 mai, à la suite de son insistance sur la question de l'aéroport en Conseil des ministres, que la violente réaction du Hezbollah ne trouvait pas de riposte véritable de la part de l'Amérique. Une Amérique résolue à dialoguer avec la Syrie comme avec l'Iran, et Joumblatt en tire ses conclusions.
Le député Walid Joumblatt retourne, en même temps que sa veste, aux sixties. Au arafatisme révolutionnaire, au panarabisme sauce Nasser, au baassisme assadien qui refusait de négocier avec Israël. Plus près de nous, Joumblatt se comporte comme si Rafsandjani ou Khatami tenaient encore les rênes en Iran. Cela au moment où le régime de Damas ne rêve que de pourparlers, et se rapproche de l'Amérique. Joumblatt assène son repositionnement sans rien en expliquer au public du 14 Mars, comme s'il en était le maître. Il s'y prend après les élections alors qu'il aurait dû le faire avant, pour que les électeurs, mais aussi le 8 Mars, sachent à quoi s'en tenir.Voici un petit lexique de ses positions patriotiques...
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