Faut-il cependant occulter que la perspective de ce nouveau (et limbique) cabinet Hariri, sous l'égide d'un providentiel président de la République, ne doit son existence qu'à la révolution du Cèdre et au prix de tant de vies pulvérisées ? Qu'avons-nous donc fait de nos indignations ? Dans la vaste coalition souverainiste du 14 Mars - dont vous fûtes un éminent et opportun pilier, M. Joumblatt -, cohabitent de prestigieuses figures libanaises, dont M. Henri Pierre Hélou (membre de votre bloc politique), petit-fils de notre plus grand penseur libanais Michel Chiha, que je cite avec respect parce que vous l'avez vous-même cité en le dénigrant. M. Michel Chiha l'icône appartient à notre histoire, et notre inestimable (et inviolable) héritage politique et culturel dont nous nous devons d'être fiers. Vos malheureuses et choquantes transgressions deviennent bien trop répétitives, M. Joumblatt, et vous desservent grandement.
Au moment où l'Iran, fortement (et irréversiblement) ébranlé, hisse sur le podium son Hezbollah surarmé, champion - avec le Hamas - de l'exaspération du problème palestinien, de la résistance à l'Amérique et à l'Occident en général, devons-nous continuer à jouer à nos dépens les mouches du coche d'inextricables (et explosifs) problèmes planétaires ? La Palestine, l'Arabie saoudite, l'Iran, l'Irak, l'Égypte, l'Afghanistan, le Pakistan (et quoi encore ?) n'ont que faire de notre encombrante « sollicitude ». La mouvance islamique radicale, présente chez nous, s'imagine laver le monde du mal en recherchant dans la mort volontaire au combat le destin fantasmatique d'un islam conquérant l'humanité. Mais le culte du martyre promu par el-Qaëda, loin de conduire au triomphe sur les ennemis de l'islam, s'est transformé en une guerre dévastatrice (et particulièrement contagieuse chez nous) entre musulmans chiites et sunnites. Dans ce maelström de crispations identitaires, de dérives des mentalités et d'impostures culturelles, que cherchez-vous, M. Joumblatt, en changeant constamment de couleur ? À nous rendre daltoniens avec des mots ? Notre débat politique sombrerait-il au niveau zéro de la pensée ? Vous voulez aller jusqu'au bout, M. Joumblatt ? Soit, mais au bout de quoi ?
Non, nous ne vous suivrons pas ; comme nous ne nous rallierons jamais à la pensée subversive et à la rhétorique suicidaire (antinomiques à notre destin) du Hezbollah et des aveugles aounistes. Oui au « Liban d'abord », au Liban surtout. Commençons enfin par cesser de nous haïr. Blindons-nous avec notre seule armée nationale dans nos frontières, à l'intérieur de notre petite entité tant convoitée, en attendant que les convulsions régionales s'apaisent. Occupons-nous à nous reconstruire, surtout culturellement. Abandonnons nos fantasmes d'apprentis sorciers et nos jeux mortels aux imprévisibles retombées, et transcendons notre dialectique mortifère de la guerre (surtout pour les autres), du martyre et de la terreur.
Que peut-on enfin vous souhaiter, M. Joumblatt, si ce n'est de continuer uniquement à nous amuser éternellement, même si c'est long, surtout vers la fin ?


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef