Une réactivation qui assurerait un calme frontalier solide, en attendant la conclusion d'une paix régionale globale et juste. La stabilisation de la ligne bleue permettrait de se passer de la Finul. Ce qui, dans le fond, conforterait la souveraineté de l'État libanais sur l'ensemble de son territoire. D'autant que l'armement du Hezbollah n'aurait plus lieu d'être, après la libération des parcelles encore occupées.
Cependant, Beyrouth tente actuellement, à travers des contacts diplomatiques, de cerner les intentions d'Israël. Est-ce qu'il propose la réinstallation de la commission d'armistice avant son retrait de Chebaa, de Kfarchouba et de Ghajar ? Ce ne serait juridiquement pas possible, car il faut d'abord retourner au statu quo que régissait, sur le terrain, la convention. Est-ce qu'Israël envisage le retour au traité de 1949 comme une entrée en matière à une paix séparée avec le Liban ? Condition également inadmissible, car le Liban ne veut ni ne peut signer avant la Syrie et les Palestiniens. Est-ce que le but d'Israël est d'aboutir au désarmement du Hezbollah pour mieux frapper ensuite ?
En tout cas, la position du Liban est claire. Il faut en tout premier lieu corriger l'erreur plaçant Chebaa sous le régime de la 242 et non de la 425. La première résolution, concernant le Golan, autorise des négociations pour la restitution, mais la seconde, relative au Liban, ordonne un retrait israélien aussi inconditionnel qu'immédiat. Mais, comme on sait, pour homologuer la libanité de Chebaa, il faut que la Syrie accepte de procéder à un tracé de ses frontières avec le Liban et elle s'y refuse. Sous prétexte, et c'est le monde à l'envers, qu'avant de discuter du tracé, il faut que les Israéliens se retirent. Ce qui n'est pas demain la veille, car, de leur côté, ils rejettent toute solution, dont le compromis consistant à placer Chebaa sous gestion de l'ONU jusqu'au tracé des frontières syro-libanaises.
Plus avant, la position du Liban est qu'il veut bien d'un rétablissement de la convention d'armistice de 1949 actualisée en fonction de l'évolution, mais sans autres conditions. Et surtout pas un engagement pour un traité de paix séparé, genre 17 mai 1983. Car le Liban a toujours fait savoir qu'il serait le dernier État arabe à signer, pour d'évidents impératifs internes.
Quant à l'armement du Hezbollah, le Liban souligne que c'est là une question qui ne regarde que lui. Cela étant, il répète qu'une fois la convention d'armistice réactivée, il la respectera scrupuleusement, Israël devant en faire de même. Ni l'armement du Hezb ni tout autre armement (entendre palestinien) ne serait cause de la moindre violation du traité.
Dans les faits, une question se pose quand même : est-ce qu'une fois formé, le nouveau gouvernement voudra suivre effectivement la lignée précitée, axée sur le retour à la convention d'armistice ? Est-ce qu'il n'y aura pas des ministres pour s'opposer à tout contact, direct ou indirect, avec les Israéliens ? Et pour refuser que Chebaa soit récupéré à l'amiable, et que le Sud, donc le Liban, soit aussi calme que le Golan ?
Dans un entretien avec an-Nahar, le major général Robert Murphy, chef de la mission d'observateurs onusiens sur le Golan, estime que la paix régionale et a fortiori la convention d'armistice libano-israélienne ont maintenant de bonnes chances. Mais il souligne qu'il faut que les protagonistes appliquent complètement la 1701. Pour lui, c'est leur volonté, ce sont leurs intentions qui font obstacle à la paix et non l'armement du Hezbollah. De son côté, le représentant de Ban Ki-moon au Liban, Michael Williams, confirme au même journal que les cartographes de l'ONU ont parfaitement établi les contours des fermes de Chebaa. Leurs conclusions ont été remises au Liban, à la Syrie et à Israël, mais ces deux derniers États n'y ont pas répondu. Sans doute parce que l'un attend le retrait israélien et que l'autre attend le tracé.

