Bien qu'un taux d'épargne de 6,9 pour cent ne soit pas élevé comparé à d'autres pays, il représente un changement radical par rapport au taux d'épargne des ménages inférieur à 1 pour cent qu'ont connu les États-Unis en 2005, 2006 et 2007.
Avant qu'il commence à remonter l'année dernière, le taux d'épargne des ménages américains déclinait depuis plus de vingt ans en raison de l'enrichissement croissant des ménages. La progression de la Bourse et l'appréciation des valeurs immobilières ont incité les particuliers à dépenser une plus grande partie de leurs revenus et à épargner moins. En conséquence, la plupart des actifs ont réduit la proportion de leurs revenus mis de côté pour leur retraite et les retraités ont de leur côté été en mesure de dépenser davantage. Le taux d'épargne net a chuté à près de zéro.
La baisse marquée des revenus des ménages ces deux dernières années a toutefois mis fin à cette tendance. La chute des actions et la dépréciation de 35 pour cent des valeurs immobilières ont amputé la fortune des particuliers de 14 000 milliards de dollars, une perte équivalant à 140 pour cent du revenu annuel disponible. Les particuliers doivent aujourd'hui épargner davantage pour leur retraite, et les retraités ont moins d'argent à dépenser. Il est probable que le taux d'épargne augmente encore à l'avenir, et dans tous les cas de figure, qu'il restera élevé dans les prochaines années.
La progression du taux d'épargne des ménages réduit la dépendance des États-Unis envers les fonds étrangers pour financer les investissements et la construction dans le secteur privé. Les 750 milliards de dollars d'épargne des ménages américains pourraient à eux seuls remplacer les afflux de capitaux du reste du monde. Puisque le montant record des capitaux en provenance de l'étranger s'est élevé à 803 milliards de dollars (en 2006), la progression du taux d'épargne des ménages a le potentiel de faire disparaître presque entièrement la dépendance des États-Unis envers les capitaux étrangers.
L'afflux annuel de capitaux est chaque année égal au déficit du compte courant américain - soit la combinaison du déficit du commerce extérieur et des intérêts et dividendes nets que les entreprises et le gouvernement américains doivent au reste du monde. La baisse de l'afflux de capitaux devrait avoir pour corollaire une baisse du déficit du commerce extérieur. Puisque les exportations doivent augmenter et les importations baisser pour résorber le déficit du commerce extérieur, la valeur du dollar doit décliner pour rendre les produits américains plus intéressants pour les acheteurs étrangers et les biens et services américains plus abordables pour les consommateurs américains.
Sans une dépréciation du dollar et la hausse induite des exportations nettes, un taux d'épargne plus élevé et une baisse des dépenses des consommateurs pourraient plonger l'économie américaine dans une profonde récession. Un dollar plus faible couplé à une baisse de la consommation permettrait par ailleurs de renouer avec le plein emploi en déplaçant les dépenses pour des produits importés vers des biens et services intérieurs et en suppléant à cette croissance de la demande intérieure par une hausse des exportations.
Mais ce lien direct entre une épargne plus forte et un dollar plus faible ne sera établi que si l'épargne des ménages n'est pas neutralisée par une croissance des dépenses du gouvernement, c'est-à-dire par un déficit budgétaire plus important encore. Un déficit fiscal important requiert des fonds étrangers pour éviter l'éviction des investissements privés. En d'autres termes, la valeur du dollar reflète la totalité de l'épargne nationale, pas seulement l'épargne des ménages.
Il est malheureusement prévu que le déficit fiscal américain reste élevé ces prochaines années. Le bureau du budget du Congrès prévoit que le déficit budgétaire du gouvernement américain s'élèvera en moyenne à 5,2 pour cent du PIB au cours de la prochaine décennie, et à 5,5 pour cent dans dix ans. Si ce niveau d'emprunt gouvernemental se concrétise, il absorbera toute l'épargne des ménages disponible, même au taux élevé actuel. Ce cas de figure signifie que les États-Unis continueront à avoir besoin de l'afflux de capitaux étrangers pour financer les investissements et la construction de logements. Le dollar devrait donc se maintenir à sa valeur actuelle pour maintenir le déficit important actuel et l'afflux de capitaux qui en résulte.
Il est bien sûr possible - je dirais même probable - que la Chine et les autres pays créditeurs ne soient pas prêts à continuer à prêter aux États-Unis sur la même échelle qu'aujourd'hui. Leur moindre demande pour le dollar se traduira par une baisse du dollar et une résorption du déficit. Cette baisse du déficit du commerce extérieur et la baisse induite des afflux de capitaux se traduiront à leur tour par une hausse des taux d'intérêt aux États-Unis. Cette hausse des taux d'intérêt aura pour conséquence de réduire le niveau des investissements et des constructions de logements, jusqu'à ce qu'ils puissent être financés par le montant plus modeste de l'épargne nationale associé à des afflux de capitaux moindres.
Bien qu'un relèvement du taux d'épargne des ménages limitera la hausse des taux d'intérêt aux États-Unis, il ne changera rien au fait que la combinaison d'importants déficits fiscaux futurs et la réticence probable des créditeurs étrangers à se porter acquéreurs de bons du Trésor américains se traduiront à la fois par un dollar plus faible et des taux d'intérêt américains plus élevés.
Copyright : Project Syndicate,2009.
Traduit de l'anglais par Julia Gallin.

