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Liban - Rencontre

L’obsession de Nehmetallah Abi-Nasr : préserver l’équilibre démographique du Liban

Loin de la fièvre des tractations pour la formation du gouvernement, le député du Kesrouan Nehmetallah Abi-Nasr poursuit sa lutte opiniâtre contre le décret de naturalisation de 1994. Depuis des années, il en a fait son cheval de bataille et sa bête noire, dénonçant sans relâche ce qu'il qualifie d'implantation déguisée. Auparavant, nul ne le prenait vraiment au sérieux et sa voix semblait résonner dans le désert. Avec l'humour particulier qui le caractérise, il lance : « On dira encore une fois que ce Kesrouanais fanatique recommence à délirer. » Mais avec les propos de Netanyahu sur « l'inacceptable droit au retour », il est aujourd'hui plus que jamais convaincu qu'un réel danger démographique menace le Liban, et plus particulièrement les chrétiens...
Avocat, membre de la Ligue maronite en 1994, il n'avait cessé de dénoncer l'injustice du décret de naturalisation et son inconstitutionnalité puisqu'il avait été adopté sans avoir été soumis à l'approbation du Conseil des ministres. Aujourd'hui, il est député et il poursuit avec pugnacité sa lutte, dans l'espoir au moins d'alerter l'opinion publique, à défaut de faire réagir les responsables.
Nehmetallah Abi-Nasr commence son exposé en rappelant que le Liban a donné à la cause palestinienne plus qu'aucun autre pays arabe. Selon lui, il est prêt à donner encore plus, mais il ne peut assumer seul le poids des conséquences de cette cause, d'autant que les autres pays arabes ne font rien.
Abi-Nasr rappelle que 65 ans se sont passés depuis l'arrivée des réfugiés palestiniens au Liban, et aucune mesure concrète n'a été prise pour assurer leur retour et appliquer la résolution 194 des Nations unies qui date de 1948. Pourtant, la densité démographique du Liban est la plus élevée au M-O. Selon des statistiques datant de 1999, il y aurait 463 780 réfugiés palestiniens au Liban, ce qui équivaut à 11,5 % de la population de ce pays. Alors que les réfugiés palestiniens sont 410 599 en Syrie, soit 2,1 % de la population, 42 277 en Irak, soit 0,2% de la population, 47 954 en Égypte, soit 0,1 % de la population, 299 136 en Arabie saoudite, soit 1,2 % de la population, etc. En citant ces chiffres, Abi-Nasr est conscient du fait qu'on va l'accuser de liquider la cause palestinienne en envoyant les Palestiniens dans les pays arabes. Et il rétorque : « Je ne cherche qu'à sauver mon pays des changements démographiques qui menacent sa structure. » Le député est convaincu que le danger qui couve depuis des années est plus réel aujourd'hui en raison de la volonté claire d'Israël et de son allié, les États-Unis, de rejeter le droit au retour, de la tendance des pays arabes à conclure un compromis avec Israël suite aux pressions américaines, et en raison de la volonté de certaines parties libanaises de changer la structure démographique du Liban, par le biais des naturalisations et de l'implantation déguisée, ainsi que par celui de la volonté de ne pas traiter les causes de l'émigration des Libanais qui touche à 90 % les chrétiens. Il place aussi le retard dans le règlement du dossier des déplacés de la Montagne dans le cadre de cette politique, consciemment ou non.
Lorsqu'on lui rétorque que le rejet de l'implantation est reconnu dans la Constitution, il revient au décret de naturalisation, qui, selon le document présenté par le ministre de l'Intérieur par intérim Ahmad Fatfat à la table de dialogue, a naturalisé 118 295 sunnites, dont 25 567 Palestiniens reconnus, mais il faut, selon lui, ajouter entre autres les 32 564 qui étaient sous étude et les 14 212 sans nationalité, et on en arrive aux 70 000 Palestiniens naturalisés selon les propres termes du responsable des questions des réfugiés au sein de l'Autorité palestinienne, Assaad Abdel Rahmane, qui avait déclaré au quotidien jordanien al-Arab al-yom, le 2 novembre 1998, que le décret libanais de 1994 avait naturalisé 70 000 Palestiniens. Selon Abi-Nasr, il s'agit d'une implantation déguisée. Le premier pas a été accompli, maintenant on veut accorder aux réfugiés leurs droits civiques, en attendant qu'ils puissent rentrer sur leur terre. Abi-Nasr ne met pas en doute leur volonté de rentrer, mais en attendant une telle perspective qui semble de plus en plus éloignée, ils ne diraient pas non, estime-t-il, à une double nationalité, libanaise et palestinienne, qui leur permettrait de mieux vivre, mais changerait irrémédiablement le visage du Liban. Le décret a donc été adopté en 1994, alors que le rejet de l'implantation dans la Constitution date de 1989. 64 députés chrétiens au Parlement, la moitié chrétienne des ministres ainsi que le président de la République maronite n'ont pas pu arrêter ce décret. C'est dire, selon lui, ce que valent les articles de la Constitution. Un recours contre le décret a été présenté au Conseil d'État, lequel a pris 9 ans pour annoncer sa décision de revoir le décret. Mais ce jugement n'a jamais été exécuté.
Abi-Nasr affirme qu'il est de plus en plus difficile d'agir, d'autant qu'il est convaincu qu'il y a une décision internationale et arabe de renforcer les sunnites au Liban. Il ajoute : « Lorsqu'ils avaient tous les pouvoirs, les maronites n'ont pas réussi à donner la carte d'identité libanaise aux émigrés. Maintenant, ils ont bien moins de moyens. » Il rappelle qu'une décision avait été prise en ce sens en 1924, lorsque, dans la convention de Lausanne, il a été décidé que tous ceux qui se trouvent sur le territoire du Grand Liban et ceux qui se considèrent liés à ce territoire peuvent présenter une demande pour choisir la nationalité libanaise. L'affaire traîne depuis cette date, et Nehmetallah Abi-Nasr n'a cessé de la relancer, d'abord à partir de la Ligue maronite, ensuite en sa qualité de député. Il a même adressé une question au gouvernement qui s'est transformée en motion de confiance en 2003. Le président de la Chambre n'ayant pas fixé une date pour débattre de cette question, Abi-Nasr a eu recours à l'Inspection centrale qui a décidé de sanctionner le fonctionnaire qui a refusé d'enregistrer les demandes de naturalisation, dont la majorité appartient à des chrétiens. Mais le ministre de l'Intérieur de l'époque, Hassan Sabeh, a refusé d'agir et il a fallu attendre le ministre Ziyad Baroud qui a trié et enregistré 8 000 demandes. Les requérants ont désormais plus de 60 ans et leurs demandes vont être transmises aux ambassades, mais au moins, un pas a été accompli.
Nehmetallah Abi-Nasr se défend d'être un fanatique chrétien. « Je veux préserver l'équilibre sur lequel repose la formule libanaise, précise-t-il. Car sans lui, le pays ne sera plus le même. » Rien ne le fera changer d'avis, ni les sirènes du gouvernement, ni la fièvre électorale... Même si, parfois, il se sent un peu seul.
Loin de la fièvre des tractations pour la formation du gouvernement, le député du Kesrouan Nehmetallah Abi-Nasr poursuit sa lutte opiniâtre contre le décret de naturalisation de 1994. Depuis des années, il en a fait son cheval de bataille et sa bête noire, dénonçant sans relâche ce qu'il qualifie d'implantation déguisée. Auparavant, nul ne le prenait vraiment au sérieux et sa voix semblait résonner dans le désert. Avec l'humour particulier qui le caractérise, il lance : « On dira encore une fois que ce Kesrouanais fanatique recommence à délirer. » Mais avec les propos de Netanyahu sur « l'inacceptable droit au retour », il est aujourd'hui plus que jamais convaincu...
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