Et ce n'est pas tout : le plus absurde, au Liban, c'est cette manie de « classer » les portefeuilles. Ainsi, il y a les ministères « souverainistes », il y en a d'autres étiquetés d'« essentiels », d'autres « de prestige »... D'où vient cette drôle de tradition libanaise qui n'existe nulle part ailleurs ? Pourquoi certains portefeuilles auraient-ils plus à voir avec la souveraineté que d'autres ?
Le portefeuille de l'Environnement, ce ministère qui n'existe que depuis la première moitié des années 90, est malheureusement l'un des parents pauvres des gouvernements, qu'ils soient « made in Lebanon » ou d'ailleurs. Le ministère de l'Environnement ne mérite-t-il pas d'être qualifié de souverainiste ou d'essentiel, lui dont le mandat inclut le traitement exclusif ou partiel de dossiers aussi épineux que la lutte contre la pollution de toutes sortes, l'organisation des carrières, la qualité et l'accessibilité du littoral ?
Il est vrai que dernièrement, plusieurs écologistes ont soulevé le problème du choix du ministre, préférant une personne neutre et au courant des dossiers écologiques, extrêmement complexes par nature. Leur point de vue est plus que défendable. Mais ne faudrait-il pas également modifier à la base la conception qu'ont de ce ministère ceux qui forment les gouvernements et les parties politiques qui imposent leurs exigences ?
Cela ouvre grand la porte de la discussion très ancienne, oubliée dernièrement, sur les prérogatives de ce ministère, et sur la collaboration indispensable entre plus d'un ministère pour trouver une solution radicale aux problèmes écologiques vieux de plusieurs décennies. Quelle que soit l'identité du futur ministre, cette discussion sera-t-elle relancée ?
Cela est d'autant plus urgent que les décisions prises dans le domaine de l'environnement ne sont malheureusement pas encore prises au sérieux par les personnes concernées. Prenez les carrières par exemple : une décision du Haut Conseil des carrières, présidé par le ministre de l'Environnement, a mis fin aux délais administratifs et proposé une solution pour l'organisation de ce secteur, critiquée parce que pas assez contraignante et même « discrétionnaire », selon certains. Mais même avec ses défauts, ce plan a rencontré des obstacles, notamment dus aux... interventions des hommes politiques en faveur des contrevenants ! Malgré la fermeté du ton affiché par deux ministres, ceux de l'Environnement et de l'Intérieur, le ballet des camions transportant les gravats et les rochers n'a pas cessé, sous divers prétextes comme « le transport de stocks ».
La lutte en faveur d'un environnement plus sain est au cœur non seulement d'une meilleure qualité de vie humaine, mais aussi de la création d'un État de droit digne de ce nom. Un État où il deviendra inutile de classer les ministères par catégories, et où il sera possible de mettre un terme aux débats oiseux sur les « quotes-parts ». La plus importante quote-part ne devrait-elle pas revenir à l'environnement lui-même ?


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