Le palais de pierre de Beiteddine s'élève fantomatique, habillé d'un arc-en-ciel de lumières. Là-haut, bien au-dessus de nous, le ciel, d'un noir d'encre, légèrement étoilé, recouvre, silencieux, le parterre des gradins. Dans cette enceinte historique, l'auditoire est muet d'émotion. Seul l'écho de la musique ensorcelante se répercute à travers la montagne. Cette nuit, le génie d'un homme a su nous faire oublier la réalité, nous transportant dans le monde du 7e art, à travers les œuvres de quarante ans de carrière. Avec Gabriel Yared, un compositeur dont le talent n'a d'égal que celui des interprètes, nous nous sommes remémorés tous ces beaux films en écoutant sa merveilleuse musique. Accompagnés de l'exceptionnel orchestre philharmonique de Budapest, nous avons pu apprécier un soprano hors norme, un saxophoniste talentueux de 23 ans qui m'a fait penser avec nostalgie à Louis Armstrong et sa trompette, un joueur de bandonéon jouant en solo m'a donné envie de danser sur ses airs de valse, de tango et de java. Ce récital était comme un prisme à multiples facettes où l'envolée lyrique se colore, par intermittence, de certaines inflexions exotiques et orientales. L'aptitude à exprimer le caractère des acteurs à travers la musique et cette facilité d'adaptation à la variété des genres et à la multitude des sujets dénotent la capacité artistique du compositeur et peut-être ses origines libanaises. Cette soirée fut un régal pour les mélomanes ; l'on pouvait percevoir dans certaines partitions comme un rythme d'une Polonaise de Chopin et des « crescendos » répétitifs comme dans le Boléro de Ravel. Dans L'Amant, la mélodie prend des accents tendres et passionnée, pour devenir langoureuse et mystérieuse dans Possession et Le Patient anglais. Puis l'Allegro déferle en gammes turbulentes et désordonnées pour exprimer la solitude folle de « Camille Claudel » et la chute criminelle de « Ripley ». Le Ballet Clavigo m'a ramené à mon enfance et le Casse-Noisette de Tchaïkovski. Il faut être doué pour reproduire, grâce aux instruments à percussion, la puissance d'un Beethoven et la légèreté d'un Mozart, grâce aux instruments à corde. Gabriel Yared l'a fait ; le Liban doit être fier d'un de ses grands noms libanais vivants à l'étranger. J'ai gardé pour la fin, dans mon témoignage, ce qui a été le prologue à cette soirée. Je veux parler de l'hymne national, dans une nouvelle interprétation, et joué avec tant de ferveur qu'il déclencha une ovation ardente de la part du public ému. Ce 25 juillet, nous avons rêvé ; ce fut une merveilleuse parenthèse dans notre quotidien ! J'ai moi-même rêvé, me demandant ce qui arriverait si les chefs de file, au lieu de parler de la guerre, pouvaient se taire et écouter. Ne dit-on pas que « la musique adoucit les mœurs » ? Beiteddine, berceau des émirats qui a vu naître tant d'hommes politiques, sert aujourd'hui d'écrin à l'expression de grands talents, grâce aux efforts continus d'une charmante et belle fée. Merci, Madame Nora Joumblatt.
Le palais de pierre de Beiteddine s'élève fantomatique, habillé d'un arc-en-ciel de lumières. Là-haut, bien au-dessus de nous, le ciel, d'un noir d'encre, légèrement étoilé, recouvre, silencieux, le parterre des gradins. Dans cette enceinte historique, l'auditoire est muet d'émotion. Seul l'écho de la musique ensorcelante se répercute à travers la montagne. Cette nuit, le génie d'un homme a su nous faire oublier la réalité, nous transportant dans le monde du 7e art, à travers les œuvres de quarante ans de carrière. Avec Gabriel Yared, un compositeur dont le talent n'a d'égal que celui des interprètes, nous nous sommes remémorés tous ces beaux films en écoutant sa...
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