Abou Ammar déclarait avoir un rêve : disposer d'une portion de terre en Palestine pour y planter le drapeau d'un État palestinien. Rien n'empêche que les Arabes reconnaissent d'ores et déjà un tel État, même si Israël s'y refuse. Rien n'empêche non plus le Conseil de sécurité de l'ONU de proclamer la reconnaissance de jure d'un État palestinien, et de l'admettre comme membre de l'organisation, comme le lui propose Javier Solana, chef de la diplomatie européenne. La Ligue arabe devrait soutenir cette idée, en demandant un vote à l'ONU sur l'adhésion de la Palestine.
C'est du reste sur le plan juridique encore plus que sur le plan physique que la création d'un État palestinien permettrait de combattre l'implantation. Car alors les réfugiés auraient un statut de ressortissants étrangers ordinaires dans les pays qui les hébergent, pour le cas où ils ne pourraient pas, ou ne voudraient pas, retourner sur leur terre d'origine.
Les États-Unis, épaulés par l'ONU, par l'Union européenne et par la Russie, doivent dégager la voie en obtenant le gel des colonisations israéliennes. Si Netanyahu continue à leur tenir tête, Israël serait frappé de sanctions économiques internationales sévères, tandis que Washington lui couperait les vivres, les lignes de crédit et les assistances militaires. En fait, ce ne serait pas la première fois que les USA feraient montre d'une fermeté efficace face à l'entêtement israélien. Eisenhower avait obligé Ben Gourion à se retirer du Sinaï, après l'attaque tripartite franco-anglo-israélienne contre l'Égypte en 1956. Bush père avait forcé Shamir à participer à la conférence de Madrid, en menaçant de priver Israël d'une ligne de crédit militaire de 10 milliards de dollars. On note cependant que Shamir avait vu juste quand il avait prédit qu'un processus de paix bâti sur les principes issus de cette conférence prendrait sûrement plus de vingt ans.
Mais, diplomatiquement et juridiquement, la balle est surtout dans le camp de la Ligue arabe. Réunis en sommet, les dirigeants de cette constellation devraient publier une proclamation liant toute paix et toute normalisation à la reconnaissance, par l'État hébreu, du droit de retour des réfugiés palestiniens dans leur patrie. Un droit que consacre la résolution 194 de l'ONU prise dès 1948. Une initiative arabe axée sur la priorité du droit de retour placerait Israël devant une alternative : ou accepter de suite un État palestinien à ses côtés, pour discuter ensuite des réfugiés, ou admettre le droit de retour comme premier jalon d'une solution de paix.
Il reste cependant évident qu'Israël n'a pas intérêt à permettre un retour sur ses flancs, et parfois sur son territoire, de masses pesantes de réfugiés palestiniens. De plus, il trouve certainement avantage dans ce que les pays d'accueil supportent. À ce propos, le Liban est de loin le plus affecté, à cause de son exiguïté, de ses conditions socio-économiques ou démographiques, et de la proportion élevée de réfugiés qu'il abrite, sans pouvoir les intégrer. Car cela risquerait de le mener tout droit à l'implosion suite aux effets d'un déséquilibre soudain, brutal et trop prononcé pour être corrigé. Une partition du Liban, modèle de coexistence qui contredit la formule raciale sioniste, serait pour l'État hébreu un présent inestimable. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles on voit la gauche et la droite israéliennes, qui s'opposent sur tant de thèmes, tenir un même langage de refus du droit de retour. Netanyahu va encore plus loin : non seulement il rejette ce droit, mais il commence à pousser dehors les Palestiniens de Jérusalem-Est qu'il entend coloniser. Barak surenchérit en affirmant que les Palestiniens de la diaspora doivent être naturalisés par les pays d'accueil.
Mais le pire, et c'est là un secret de Polichinelle, c'est que la direction palestinienne elle-même ne s'accroche au droit de retour que verbalement. Le territoire dont elle dispose est en effet déjà plein à craquer et la densité démographique bat, dans la bande de Gaza, tous les records. On sait ainsi que Mahmoud Abbas en personne a conseillé aux pays arabes d'intégrer à leur tissu social les réfugiés palestiniens qu'ils hébergent, en leur donnant tous les droits et toutes les possibilités de leurs ressortissants, carte d'identité nationale comprise, le cas échéant.

